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Vitesse de réserve anérobie

PRIMO rédacteur : PROUTEAU Corentin 2023

1. Définition du modèle de Vitesse de Réserve Anaérobie (VRAn) 2001 :

La vitesse de réserve anaérobie (VRA) est un concept réémergeant de la littérature scientifique10. Pour synthétiser, la littérature scientifique définie principalement la réserve de vitesse anaérobie comme étant la différence entre la vitesse maximale de sprint (Vmax) et la vitesse maximale aérobie (VMA).  Définie par Blondel en 2001, cette plage de vitesse comprise entre la Vmax et la VMA serait un moyen de comprendre et d’identifier les mécanismes qui résident dans l’interaction des différentes voies métaboliques lors des efforts de haute intensité5,7,10Dans ce contexte, la vitesse de réserve anaérobie serait un outil permettant de prédire la performance sur des efforts allant de 3 secondes à 240 secondes d’exercice4,13. En 2001, Blondel et col sont les premier auteur à évoquer un modèle de profil locomoteur à plusieurs dimensions comprenant 3 paramètres la Vitesse Critique (Vcritique), la Vitesse Maximale de Sprint (Vsprint) et la vitesse associée à la consommation maximale d’oxygène (vVO2max)1. Les différentes plages résultantes de c’est trois paramètres sont la Vitesse de Réserve Anaérobie  (VRAn) définie comme étant la plage de vitesses comprise entre Vsprint et vVO2max, la Vitesse de Réserve Aérobie définie comme la différence entre la vVO2max et la Vcritique  et la Vitesse de Réserve Maximale (VRm) définie comme la plage de vitesse comprise entre la Vitesse Critique (Vcritique) et la Vitesse Maximale de Sprint (Vsprint).1


VRAn = Vsprint – vVO2max
VRAer = vVO2max - Vcritique   
VRMax = Vsprint - Vcritique

2. Emergence du concept de Vitesse de Réserve Anaérobie :

Les prémices du concept de Vitesse/Puissance de Réserve Anaérobie (VRAn/PRAn) apparaissent au début des années 2000 avec les travaux de Blondel, Bundle et Weyand1-4. Trois études sur la réponse à l’exercice avec des coureurs de niveau récréatifs1,3,4 et une étude sur la modélisation de la fourniture d’énergie chez des cyclistes par une prédictions des temps limites à des puissances données différentes, dans un modèle mathématique à trois paramètres2. En 2001, Blondel et col démontrent que  la variabilité des temps limites de course réalisées à 120% et 140% de vVO2max seraient d’avantage expliqués par la Vitesse de Réserve Anaérobie (respectivement R=-0,83 et R=-0,94)1,5, signifiant que pour une intensité d’effort donnée à un pourcentage supra-maximale de vitesse associée à la consommation maximale d’oxygène (> 100% de vVO2max), plus la Vitesse de Réserve Anaérobie (VRAn) d’un participant sera importante plus le temps limite de course à cette intensité sera élevé et inversement1,5,6.


Après l’étude de Blondel (2001), la Vitesse de Réserve Anaérobie (VRAn) sera définie plus simplement comme étant la plage de vitesse comprise entre la Vitesse de Sprint Maximale (VSprint)  et la vitesse associée à la consommation maximale d’oxygène (vVO2max)1,3,4 ou la Vitesse Maximale Aérobie (VMA)6–15. En 2003, Bundle et Weyand démontre que la mesure des deux valeurs de vitesse maximales aérobies et anaérobie permettent une prédiction des essaies de course sur tapis (R²=0,94) et sur piste (R²=0,86) dans un modèle mettant en évidence une constante exponentielle4. Ainsi, l’énergie nécessaire à la réalisation d’efforts maximaux compris entre 3 et 350 secondes (5min et 50 secondes), en course à pied et en cyclisme, peuvent être prédis à partir du modèle de Vitesse de Réserve Anaérobie (VRAn) en mesurant les valeurs maximales de vitesse aérobie (VMA ou vVO2max) et anaérobies (Vsprint) de chaque individu2–4.


A partir de 2005, le modèle de Vitesse de Réserve Anaérobie permet de faire évoluer le modèle empirique de la théorie classique autour du modèle énergétique des courses de haute intensité2,3,5, et permet de fournir une alternative et un nouveau modèle de prédiction de la capacité énergétique aérobie et anaérobie des coureurs de sprint, de demi-fond et de fond3.

3. Les différentes méthodes de détermination de la Vitesse de Réserve Anaérobie : 

Le concept de Vitesse de Réserve Anaérobie (VRAn) est utilisé à la fois dans les sports individuelles2–4,9–12,16,17 et dans les sports collectifs comme le football, le basketball ou le rugby7,10,13–15,18,19. Au regards des différences spécifiques de chacune de ces activités et du nombre conséquent de tests de terrains permettant de déterminer la vitesse maximale aérobie et anaérobie6,  il existe donc différents moyens d’établir une mesure de la Vitesse de Réserve Anaérobie (VRAn) qui ne donneront pas les même valeurs de vitesse maximales  aérobies et anaérobies des différents profils5.

  • Méthode de détermination de la vitesse maximale aérobie : 

De manières expérimentales plusieurs méthodes semblent transparaitre pour la mesure de la vitesse maximale aérobie (VMA) avec des tests de terrain5,6 ou la vitesse associée à la consommation maximale d’oxygène (vVO2max) en analysant les échanges gazeux pulmonaire à l’aide d’outils de mesure scientifique1,16,17. Si de nombreux tests de terrains existent, nous observons principalement deux dispositif de mesure : les tests incrémentaux continu1,7,10,11,16,17,19 et les tests incrémentaux discontinus2–4,13–15,20,21
Les méthodes de mesure de la vitesse maximale aérobie sont donc très variées, test navette de type 30 : 15 IFT13–15,19,20, test VAMEVAL couplé ou non à l’analyse des échanges gazeux pulmonaires1,7,10,11,16. La durée des paliers pouvant varier de 30 secondes, pour les tests 30 : 15 IFT7,13–15,20, jusqu’à 5 minutes pour les tests incrémentaux discontinues2–4. De même en fonction des tests, la durée des récupérations entre les paliers lors des incrémentations discontinues peuvent varier de 15 secondes7,13–15,20 à 6 minutes3,4. Si dans une grande partie des études, l’incrémentation des tests est de 0,5 km.h-1 ou de 1 km.h-1 toutes les 30 secondes ou toutes minutes (test navette 30 : 15 IFT, VAMEVAL)1,20, pour les autres études, la durée de l’incrémentation est plus spécifique, mesuré par vitesse4 ou puissance2, et est généralement fixe tout au long de la validation du palier2–4. Enfin, la puissance et la vitesse de départ de ces tests semble être identique et compris entre 8 km.h-1 [7,13–15,20] et 12 km.h-1[11] en fonction du niveau des participants et de la discipline associée à l’étude.
En dehors des tests incrémentaux, certains auteurs utilisent des modèles mathématiques de prédiction à partir de test « Time Trial », mais qui semblent rester très spécifique à leur domaine d’activité, par exemple une prédiction de la VMA à partir d’une course de 1500 mètres et de l’équation de Bellinger8,18

  • Méthode de détermination de la vitesse maximale anaérobie :

Ni les dispositifs, ni les intervalles ne semblent fixes lorsqu’il s’agit de mesurer la Vitesse Maximale de Sprint (Vsprint) participant ou d’un athlète. Le dispositif RADAR, va retenir notre intention pour permettre à la fois la mesure de la Vitesse maximale de Sprint (VSprint) et l’élaboration du Profil Force-Vitesse de des participants (travaux de Samozino et J.B. Morin)22.

  • Méthode de détermination de la la vitesse de réserve anaérobie :

Comme le définissaient Blondel et col en 2001, la Vitesse de Reserve Anaérobie (VRAn) correspond schématiquement à la plage de vitesse comprise entre la vitesse associé à la consommation maximale d’oxygène (vVO2max) ou plus simplement la Vitesse Maximale Aérobie (VMA)3,4 et la Vitesse Maximale de Sprint ou Vitesse Maximale Anaérobie (VSprint)1,3,4. Autrement dit, la vitesse de réserve anaérobie sera calculée comme la différence entre VSprint et VMA : VRAn= VSprint – VMA.

4. Utilisation de la vitesse de réserve anaérobie pour les exercices de haute intensité : 

La vitesse de réserve anaérobie pourrait devenir un moyen de construire un entraînement individualisé en termes d’intensité. En effet, en réponse à la variabilité interindividuelle des temps limites effectués à 90%, 100%, 120% et 140% de VMA, la vitesse de réserve anaérobie représenterait un outil capable d’uniformiser le stress répondant à la variabilité des différents athlètes2. En d’autres termes, contrairement à la VMA, l’utilisation de la VRA serait un moyen d’uniformiser les différents temps limites réalisées par les athlètes à une intensité donnée. On remarque également une diminution de la variabilité inter-sujets lors d’un effort intermittent jusqu’à épuisement de type 15 : 15 à un pourcentage supra maximal de la vitesse maximale aérobie (110% de VMA) comparément à un pourcentage de la vitesse de réserve anaérobie (25% et 50% de la VRA) avec une réduction de la variabilité de 52% entre un temps limite prescrit avec la VRA par rapport à une prescription à VMA7.  Dans cette même idée, la variabilité du temps à épuisement entre les athlètes est donc fortement diminuée avec l’utilisation de la VRA comme le démontre Colisson en 2018 avec une réduction de la variabilité de 29% lorsque l’intensité sur un exercice de type 15 : 15 était prescrit au pourcentage de VRA (20% de VRA) par rapport à un pourcentage de VMA (120% de VMA).  

Dardouri et al, démontrent en 2014, que la vitesse de réserve anaérobie est corrélée positivement à la capacité de répétition de sprints sur un protocole de 10 X 15m. En d’autres termes, plus la vitesse de réserve anaérobie est élevée, plus la capacité de répétition de sprint de l’athlète en question sera élevée7. En contradiction avec cette étude, Buchheit en 2014, nous indique que la vitesse de réserve anaérobie (VRA), à elle seule, ne serait pas lié à une amélioration systématique de la capacité de répétition de sprint (RSA). En revanche il nous indique que les améliorations les plus significatives du RSA seraient liées à une augmentation conjointe de la vitesse maximale de sprint (Vmax), de la vitesse maximale aérobie (VMA) et donc de la vitesse de réserve anaérobie (VRA) qui est la résultante des deux premiers paramètres3. Nous en déduisons, qu’il est donc intéressant de développer la vitesse de réserve anaérobie (VRA) en utilisant la capacité de répétition de sprints (RSA), uniquement si les paramètres VMA et Vmax sont également pris en compte dans le développement des capacités et des qualités physiques de l’athlète. 

 

5. Perspectives autour de la vitesse de réserve anaérobie :  

Dans les sports collectifs ou plus largement dans les disciplines qui nécessitent des sprints répétés, il est intéressant de faire émerger différents profils pour individualiser les entraînements3,7. Buchheit en 2021, suggère que le profil locomoteur d’un athlète par l’intermédiaire de la VRA nous donne une indication sur la typologie des fibres musculaires d’un sujet, facilitant la proposition d’un poste spécifique (en sport collectif par exemple), ou permettant une individualisation du travail au profil de l’individu. Aucun lien entre la typologie des fibres musculaires et le profil locomoteur de l’athlètes n’ayant été démontré, cet aspect de la vitesse de réserve anaérobie (VRA) est une éventuelle orientation de recherche à approfondir.  

La vitesse de réserve anaérobie représente également un déterminant important de la performance sur 800m car chez les élites, la taille de la VRA est directement liée à la vitesse maximale de sprint dans le cas ou deux athlètes possèdent une même valeur de VMA8,9,10. Toujours en lien avec la course de demi-fond, Bellinger en 2019 suggère un impact positif de la vitesse de réserve anaérobie (VRA) sur la performance réalisée lors d’une course de 1500m, mais cette perspective n’a pas encore été démontré à ce jour.  

Sandford en 2019, fait émerger l’idée de catégoriser et de différencier les profils de coureurs de 800m en les classifiant à l’aide de coefficients. Mais la subjectivité des coefficients établis pour classer différentes sous-catégories de coureurs de 800m (profil 400-800, profil 800 et profil 800-1500) par le rapport de vitesse de réserve8 ne nous permet d’aboutir à une identification claire et objective de ces différentes sous catégories et nécessite donc un approfondissement12.  

 

6. Conclusion 

Pour résumer, la vitesse de réserve anaérobie est donc un outil de terrain efficace et pratique pour mesurer un indicateur de la capacité anaérobie d’un athlète. De plus, son accessibilité permet à un grand nombre d’acteurs de la performance (entraineurs, accompagnateurs scientifiques...) de le mettre en place au cours d’une saison grâce à des tests de terrain (test de sprint, vameval...). Cependant il présente également certaines limites et ne doit pas être une exclusivité d’évaluation d’un athlète. Il sera donc important de prendre en compte les deux paramètres encadrant le concept de la VRA à savoir la vitesse maximale aérobie et la vitesse maximale de sprint.  

 

 

 

Notes de références : 

Bibliographie (Titre 2) 

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