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Motivation

La Motivation 

primo rédacteur : EUGENE Elisa

I] Définition

La motivation est un concept psychologique décrivant les forces internes et externes amenant un individu à agir dans une direction donnée, à une intensité donnée durant un temps donné. 

II] Historique 

Abraham Maslow est l’un des premiers psychologues à s’intéresser à la motivation des individus, la caractérisant ainsi comme une force interne dictée par les besoins. Ainsi, selon lui, les actions sont réalisées en fonction de différents besoins :  les besoins physiologiques (manger, boire, dormir), le besoin de sécurité (logement) , le besoin d'appartenance (amis, amour, famille), le besoin d'estime (estime de soi, respect des autres)  et le besoin d'accomplissement (s’écouter, apprendre de nouvelles choses, créer) (1). Cette théorie fonctionne sous forme de pyramide de niveaux. Ainsi, selon Maslow, si les besoins physiologiques, correspondant au niveau 1, ne sont pas satisfaits, alors l’individu ne peut acquérir la motivation suffisante pour le niveau 2 correspondant au besoin de sécurité, et ainsi de suite. Ce modèle a été critiqué de par sa hiérarchisation des besoins. En effet, si l’on reprend ce modèle, un individu doit avoir une relation amoureuse avant d’être motivé par l’estime de soi, ou bien manger avant d’avoir la motivation suffisante pour innover et créer. Or la motivation ne s'appuie pas nécessairement sur des besoins pour grandir et n’a pas de prérequis sous forme de niveau de besoins. 

Pavlov en 1927, développe une autre théorie permettant d’expliquer le comportement d’un individu et ses motivations à le réaliser. Le modèle du conditionnement classique met ainsi en lien le comportement et la réponse qui y est associée. La réponse associée, lorsqu’elle est récompensée par un stimulus positif, peut renforcer la production d’un comportement. Ou à l’inverse, lorsque un comportement est renforcé par une réponse au stimulus négatif, celui-ci tend à être supprimé ou diminué. Ce modèle, souvent illustré par l’image de la carotte et du bâton, tend à récompenser un comportement favorable et à punir l’exécution d’un comportement défavorable. Cette théorie considère que l’objectif du comportement est la récompense et non la production du comportement en lui-même, ce qui réduit la complexité de la motivation de l’individu à un seul type. Or il semble bien que certains comportements soient produits par des motivations diverses, n’impliquant pas de système de punition ou de récompense. 

III] La motivation

Les motivations sont diverses et personnelles. Chaque individu possède, de par son vécu et ses expériences, une motivation particulière face à un comportement ou un objectif donné. D’après la théorie de l’autodétermination (2), la motivation peut être intrinsèque ou extrinsèque, par différentes régulations potentielles, ou absente : l’amotivation.

Une motivation est extrinsèque lorsqu'elle est liée à l’ensemble des récompenses et sanctions ajoutées à la production d’un comportement. Se rapprochant ainsi de la théorie du conditionnement classique, cette motivation engage une poursuite d’objectifs aux motifs extrinsèques pouvant ainsi nuire à l’atteinte des motifs intrinsèques. Par exemple, un sportif pratiquant de la musculation par obligation de l’entraîneur, engage une motivation extrinsèque pouvant nuire à la prise de plaisir instantanée lors de la séance qui relève d’un motif intrinsèque. La motivation extrinsèque engage un objectif motivé par des facteurs externes que l’individu subit. Elle se caractérise sous différents niveaux d’autodétermination au travers de régulations diverses. Lorsque le niveau d’autodétermination est élevé, l’individu présente une forte flexibilité cognitive, une estime de soi positive, une plus grande créativité et davantage d’émotions positives. Tandis qu’un faible niveau d'autodétermination diminue la concentration, l’estime de soi, la persévérance et la résilience d’un individu. 

La régulation externe est contrainte sous forme de récompenses ou de punitions. Le footballeur vient à l’entraînement, car sinon, il n’est pas titulaire au match suivant. Ici, la motivation est extrinsèque par une régulation externe. 

La régulation introjectée s’intéresse davantage à ce qu’un individu pense de ce que les autres vont penser de son comportement ou d’une action pour la sensation procurée de sa conséquence. Par exemple : jouer pour le plaisir ressenti à gagner. Cela se traduit également par la réalisation d’un comportement pour éviter un sentiment de culpabilité ou de honte si le comportement attendu n’est pas produit. L’individu est constamment sous une pression interne qu’il s’auto inflige. Par exemple, le rugbyman va à l’entraînement parce que les autres y vont et qu’il aurait honte d’être le seul à ne pas y aller. Les sources de cette pression sont externes, mais le contrôle est interne, puisqu’il dépend uniquement de ce que l’individu projette des pensées d’autrui sur lui.

La régulation identifiée est la motivation extrinsèque la plus courante chez les sportifs sport-santé. Le choix de l’objectif est libre et l’individu ne recherche pas une stimulation spontanée. Par exemple, dans le cas le plus courant, des personnes pratiquent la course à pied afin de se sentir en forme physiquement. Le résultat n’est ainsi pas atteint durant la pratique, mais à long terme, au fur et à mesure du temps et des entraînements passés. Elle n’est ainsi pas liée au plaisir et à la satisfaction instantanée de la pratique. 

Enfin, la régulation intégrée est considérée comme la source de motivation extrinsèque la plus internalisée. Les facteurs externes sont ainsi en corrélation avec les aspirations, les valeurs et les objectifs de l’individu. L’individu produit un comportement pour soi et pour sa valorisation ou progression personnelle. Par exemple, un athlète qui va à l’entraînement car il est convaincu qu’aller s’entraîner lui permet de développer ses capacités et d’être performant lors des compétitions à venir tout en développant sa confiance en lui. 

On dit d’une motivation qu’elle est intrinsèque lorsqu’elle est liée aux bénéfices que le sujet pourrait tirer directement de son activité. Cette fois-ci, le sportif pratique la musculation  uniquement pour le plaisir ressenti pendant ou après l’effort. Ce type de motivation permet de renforcer le sentiment de compétence et l’auto-détermination de l’individu. Plus le sentiment de compétence d’un individu est grand, et plus l’individu est motivé, confiant, et conscient de ses capacités réelles (3). La motivation intrinsèque peut se catégoriser en sous-catégories spécifiant davantage la source de motivation intrinsèque. 

La motivation intrinsèque à la connaissance se traduit ainsi par le plaisir ressenti par l’apprentissage. Par exemple : un judoka prenant du plaisir à venir à l’entraînement technique pour apprendre un nouvel enchaînement. Cette motivation se caractérise par de la curiosité et un désir de découvrir, d’apprendre et de développer des connaissances et compétences nouvelles.

La motivation est dite intrinsèque à l’accomplissement lorsque l’individu ressent du plaisir et de la satisfaction à l’exécution d’une tâche difficile (souvent considérée comme un défi) ou à la démonstration d’une maîtrise ou d’une valeur personnelle. Par exemple, un rugbyman tentant de transformer un essai à 5 mètres de la touche ou une pénalité à 40 mètres. Le sentiment d’accomplissement est grand quand l’objectif l’est aussi. Ce défi doit être cependant réalisable aux yeux du sportif pour que celui-ci conserve sa motivation d’accomplissement malgré les tentatives. Certains sportifs choisissent également un sport en fonction des compétences déjà présentes afin de démontrer leur maîtrise et compétences. L’objectif est ainsi de tenter de démontrer ses compétences sportives ou d’éviter de montrer son incompétence.

La compétence peut être exo-référencée (le sujet s'estime compétent dans la mesure où il a réalisé une meilleure production qu’autrui) ou endo-référencée (la compétence est déterminée par un processus de comparaison interne, en fonction des progrès et maîtrises personnelles). La première constitue ainsi un investissement sur l’égo qui est marquée par la conception exo-référencée de la compétence où le sujet poursuit des buts compétitifs (gagner un match). Dans ce cas là, ce n’est pas l’activité qui est considérée en soi mais un moyen pour accéder à un but supérieur. Les buts dans le cadre de l’investissement sur l’égo sont peu contrôlables en raison d’un nombre important de facteurs externes instables (adversaires différents, conditions de jeu, décision arbitrale,...) et de ce fait sont particulièrement anxiogènes et difficiles à gérer sur le long terme. La défaite affecte le sentiment de compétence du sujet  investi sur l’égo et le niveau d’expectation, la persistance et la performance vont décroitre (4). En revanche, l’investissement sur tâche renvoie à une compétence endo-référencée. Le sujet poursuit ainsi des objectifs de performance et de dépassement de soi et non des autres. L’investissement sur la tâche permet de poursuivre des buts flexibles que le sujet peut entièrement contrôler en fonction des facteurs externes. En fonction de son état de forme, par exemple, l’athlète peut estimer réaliser son 1500m en 5 secondes supplémentaires en cas de mauvais état de forme. Les sujets investis sur la tâche associent la réussite à l’effort et à la persistance (5).

Même si ces deux investissements semblent opposés, ils ne sont pas indissociés et sont indépendants l’un de l’autre. Il est en effet possible que certaines personnes puissent les utiliser de façon simultanée même si l’un des deux est souvent plus présent de manière générale.

3. L’amotivation

D’après Deci et Ryan, l’amotivation est considérée comme l’absence de motivation et se situe au plus bas de l’échelle de l'autodétermination. Ainsi, le pratiquant réalise un exercice ou une tâche donnée sans savoir pourquoi il la réalise. L’amotivation mène bien souvent à l’échec ou à la contre-performance. 

IV] Sur le terrain…

Mieux connaître la motivation de son athlète permet d’adapter son discours pour adopter un langage commun résonnant chez l’athlète. Il est également possible de prévenir certaines réactions pouvant nuire à la performance (attributions causales en cas de défaites…). La meilleure connaissance de la motivation de l’athlète peut permettre un échange et un travail permanent avec le psychologue afin de rediriger certaines origines motivationnelles vers d’autres (renforcer motivation à but d’accomplissement sur des attributions causales) ou de limiter l’amotivation.

V] Les fakes ? 

La motivation évolue au fur et à mesure du temps et des difficultés rencontrées. Elle n’est pas universelle et n’est pas fixe dans le temps. Tous les sportifs de haut niveau ne sont pas en quête du résultat : motivation à but de résultat (médaille olympique ou autre) mais peuvent rechercher le plaisir ressenti lors de la pratique ou autre. Par ailleurs, vouloir la victoire à tout prix (motivation intrinsèque à but de résultat et non de tâches) peut être néfaste à long terme surtout dans le cas de défaites répétées.

VI] Questionnaire et Évolutions ? 

Questionnaire de motivation de la pratique et validation scientifique : http://dx.doi.org/10.1080/1612197X.2017.1339729. (6)

La motivation évoluant sans cesse au cours du temps, il est nécessaire de réaliser des questionnaires à différentes périodes durant la saison. De plus, en fonction de l’état de forme, de l’entraînement du jour, le sportif n’a pas nécessairement la même motivation à pratiquer. 

→ Il pourrait donc être intéressant de mettre en place un suivi de la motivation sous format numérique facile et rapide à remplir afin de suivre la motivation quotidienne de l’athlète à s’entraîner, récupérer ou réaliser une compétition. Si l’on observe ainsi une baisse de motivation et que celle-ci s’étend dans le temps, alors un rendez-vous avec le psychologue du sportif peut être mis en place afin de contrer cette amotivation. Si cette baisse n’est que passagère elle peut cependant être surveillée et éventuellement corrigée au travers d’autres formes d’entraînement (+ axé sur le plaisir, moins de pression interne,...).

Mise en lien avec le RPE, il est par ailleurs possible de rechercher une potentielle corrélation entre la difficulté perçue de l’effort et la motivation à le réaliser. 

Références

  1. Maslow, A. (1974). A theory of human motivation. Lulu. com.

  2. Deci, E. L., Ryan, R. M., Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Conceptualizations of intrinsic motivation and self-determination. Intrinsic motivation and self-determination in human behavior, 11-40.

  3. Losier, G. F., & Vallerand, R. J. (1994). The temporal relationship between perceived competence and self-determined motivation. The Journal of Social Psychology, 134(6), 793-801.

  4. Valentini, N.C., & Rudisill, M.E. (2006). Goal orientation and mastery climate: a review of contemporary research and insights to intervention. Estudos De Psicologia (campinas), 23, 159-171.

  5. Duda, J. L., Fox, K. R., Biddle, S. J., & Armstrong, N. (1992). Children's achievement goals and beliefs about success in sport. British journal of educational psychology, 62(3), 313-323.

  6. Rocchi, M., Pelletier, L., & Desmarais, P. (2017). The validity of the Interpersonal Behaviors Questionnaire (IBQ) in sport. Measurement in physical education and exercise science, 21(1), 15-25.