Gestion des émotions
Primo rédacteur: Elisa Eugène 2023
Introduction
Colère, surprise, joie, tristesse, peur ou encore dégout sont les émotions de base qui résonnent en chacun de nous. Une émotion intervient de manière furtive et produit des réactions impliquant des changements comportementaux et physiologiques. Même si la définition d'une émotion peut diverger en fonction des points de vue, il est possible de la définir au travers d'idées communes 1 . Dans son approche comportementale, une émotion correspond à une organisation structurée de réactions à un stimulus sensible aux objectifs, aux besoins ou à la survie d'une personne. Les émotions sont ainsi innées et facilitent, à l'origine, l'action-réponse, c’est-à-dire l’action produite en conséquence (fuite, affrontement ou rester figé) à ce stimulus 2.
Dans le cadre sportif, les émotions jouent un rôle crucial. Dans les premières parties d'un championnat, par exemple, le sportif subit de nombreux stimuli extérieurs pouvant renforcer une émotion d'apeurement ou au contraire, de joie. Quand bien même un athlète pourrait être prêt à réaliser sa meilleure performance, qu'il aurait déjà réalisé à l'entraînement, il n'en n'est pas moins qu'il puisse la réaliser en compétition, et cela peut être notamment due à une mauvaise gestion émotionnelle. Les émotions sont déterminantes dans la direction de l'attention du sportif, de sa concentration et donc, de la performance qui est produite 3. Il convient donc d’apprendre à gérer ses émotions et à en connaitre les conséquences pour être au meilleur de sa performance le jour J. (Page 4 : II] B) les techniques de régulation recommandées)
I] Emotions et Performance
Une émotion peut être déclenchée par un ou plusieurs stimuli. Ceux-ci peuvent provenir d'une origine interne (personnalité, perception, pensée négative, etcetera) ou d'une origine externe (environnement, non-verbal) 4.
Au sein des origines internes, on retrouve au premier plan la personnalité du sportif. Elle joue, en effet, un rôle primaire dans l'apparition d'un état émotionnel. La personnalité introvertie ou extravertie du sportif influence le lien entre activation et performance sportive. Ainsi, d’après Eysenck 5, il existerait une base biologique expliquant que les introvertis possèdent de manière chronique un niveau d’activation plus élevé que les extravertis. Les extravertis, qui sont plus enclins à aller vers les autres et à prendre la parole en public sont chroniquement sous activés et donc se situeraient plus volontiers dans des zones peu favorables. Par conséquent, les extravertis recherchent davantage des situations stimulantes aux vues de leur niveau d’activation chronique plus faible, afin de stimuler cet état d’activation. A l’inverse, les introvertis favoriseraient l’évitement afin de limiter l’activation qui est déjà élevée de manière chronique. L’activation, possédant un effet sur différents paramètres physiologiques comme la fréquence cardiaque ou la sudation, influence donc la performance sportive selon la loi de Yerkes et Dodson sous forme de “U” inversé.
Lors d’une compétition ou à l’approche de celle-ci, la personnalité de l’athlète peut également influencer l’anxiété ressentie. D'après McGrath 6 , l'anxiété correspond à un décalage entre la perception des capacités qu'un individu a de lui-même et la difficulté de la tâche demandée. En régulation émotionnelle, il est ainsi possible d‘agir sur ces différents paramètres afin de réduire l’anxiété. Il existe, chez certaines personnes, une caractéristique durable de leur personnalité, les rendant plus sensibles à des stimulus affectant leur anxiété : l’anxiété trait. Il est important de connaître son athlète et de définir au travers de questionnaires psychologique, si son athlète possède cette caractéristique de sa personnalité qui peut, si elle n’est pas prise en compte, limiter leur performance. (lien du questionnaire STAI-Y Trait en bas d’article)
Une autre forme d’anxiété existe : l’anxiété cognitive qui se caractérise par des expectations pessimistes de succès, des auto-évaluations négatives et un manque de concentration. Cette dernière est différente de l'anxiété somatique qui renvoi aux réactions physiologiques citées en introduction comme l'augmentation du rythme cardiaque, l'augmentation de la sudation, la dilatation des pupilles etcetera. L'anxiété cognitive a une relation linéaire inversée avec la performance tandis que l'anxiété somatique possède une relation de “u“ inversé avec la performance 7 . Il est important de noter que l'impact de l'anxiété somatique dépend de l'anxiété cognitive 8 . Ainsi, quand l'anxiété cognitive est faible, l'anxiété somatique a peu d'influence sur la relation en u inversé avec la performance. L’anxiété amène ainsi le corps dans un état d'activation 9 qui conduit ces différentes réactions physiologiques influençant la performance sportive.
Au-delà de la personnalité, il faut également considérer l’individualité du point de vue. Il est possible que dans une situation similaire, les réactions émotionnelles produites soient les même. Mais il est important de garder en tête l’idée que, la manière dont la personne estime le stimulus est plus significative que le stimulus en lui-même. Par exemple, lors d'une compétition à l'extérieur comprenant de nombreux spectateurs, il est possible qu'un athlète ressente de la peur ; ici le stimulus précis peut être l'acclamation de beaucoup de personnes et l'émotion qui en découle chez l'athlète, de la peur ; mais chez un autre athlète, qui trouve que ce stimulus est encourageant, l'émotion qui y sera associée, sera une émotion favorisant sa performance (joie, excitation).
Cette individualité du point de vue dépend également du vécu de l’athlète. En effet, le vécu influence la perception d'un athlète sur une situation donnée, de manière positive (stimulus agréable), ou négative (stimulus désagréable). La personnalité et le vécu influence ainsi la réaction à un stimulus, l'expression d'une émotion et donc la performance. Toujours dans cette optique de point de vue, la perception de la situation d'affrontement influence également la performance. L'importance de la rencontre sportive au niveau de l’enjeu compétitif impacte directement son importance aux yeux de l’athlète 10 mais elle peut également provenir de l'athlète même si celle-ci n'a pas un résultat significatif important. Par exemple, dans le cas d'une rencontre sportive de rugby opposant deux équipes qui ne se sont jamais rencontrées, il est possible que pour l'un des joueurs, face à un adversaire pour qui il éprouve de la haine en dehors du rugby, il ait tendance à amplifier l'importance du match et de son résultat alors que l'équipe ne considère pas l'issue du match comme étant un élément significatif. 11
Les stimuli externes relèvent de l'environnement. Ils peuvent être directement en lien avec la pratique sportive (exemple : non-verbal de l'adversaire, domination au score, temps restant) ou au-delà de la pratique en elle-même (exemple : luminosité, présence d'amis ou de famille dans le public) 12.
Dans un premier temps, il est important de souligner la subjectivité de la performance en fonction du sport pratiqué. La relation entre les émotions et la performance est complexe 13 et il est important de prendre en compte les spécificités de chaque pratique et chaque poste. Les sports ne requièrent ainsi pas toutes les mêmes qualités. Si les sports de puissance ou d’activation (rugby, karaté, judo) nécessitent une activation importante pour performer, c'est tout l'inverse pour les sports de précision (tir sportif, tir à l'arc), où un état d'activation trop important nuirait à la performance 14. Selon Woodman et Hardy 15, ce ne sont pas les émotions qui influencent directement la performance mais plutôt les conséquences physiologiques et psychologiques qui en découlent. L'augmentation de l'activation physiologique du corps engendre par ailleurs, une augmentation de la tension musculaire qui, à un certain niveau, a un effet négatif sur la performance 16. Dans certains sports, cette tension musculaire est d’autant plus nuisible à la performance.
Dans les facteurs directement en lien avec la compétition sportive, on retrouve le non-verbal qui possède également une influence sur la performance. Le non-verbal adverse, par exemple, en cas de démonstration de forte détermination et agressivité (le hakka des All Black), peut influencer les émotions ressenties face à ce stimulus, et donc, comme indiqué auparavant, la performance 17. Bien évidemment, cette influence est plus ou moins grande en fonction du lien qui rattache les deux adversaires et leur passif (défaite contre lui à la dernière compétition, injures, amitié, etcetera). Mais le non-verbal possède également une influence à double balance avec ses coéquipiers, qui réagiront eux-mêmes émotionnellement au non-verbal qu'ils perçoivent et emploieront une réaction non-verbale et des comportements en conséquence (un joueur baille, l'autre ne lui fait pas la passe et se sent peut-être moins motivé dans le match). Il en découle donc qu'en influençant les autres, l'athlète fini par s'influencer lui-même et que plus son lien d'affect est important avec cette personne, et plus il aura de chance d'être influencé à son tour par sa réaction.
II] La Gestion de ses Emotions
Dans cet article, la question de la régulation émotionnelle ne s’est centrée que sur l’athlète, il convient d’appliquer ces différentes idées à l’entourage du sportif : staff, entraîneur, coéquipiers.
Si les émotions possèdent une influence sur la performance sportive, il semble nécessaire de les prendre en compte dans la préparation du sportif. La gestion de ces états émotionnels peut se faire tout au long de l’année prenant ainsi la forme d’une planification. Cet apprentissage peut se faire avec un préparateur mental, un psychologue du sport ou autre professionnel renseigné.
Les athlètes utilisent différentes techniques de gestion émotionnelle qui sont plus ou moins efficaces et qui peuvent conduire à des conséquences négatives à long terme.
1) La suppression émotionnelle 18
La suppression émotionnelle, tout comme la réévaluation cognitive, agit directement sur la réponse émotionnelle produite. Elle consiste en l’inhibition de l’expression d’émotions pour limiter également son expression comportementale. Cependant, cette technique diminue également l’expression des émotions positives. Il est important de prendre en compte le fait que la suppression émotionnelle n’empêche pas le ressenti mais simplement son expression. L’athlète ressent tout de même les émotions négatives. Sur le long terme, cette technique aurait pour conséquence de diminuer le bien-être psychologique et augmenterait la probabilité de ressentir de l’anxiété ou des états dépressifs dans les cas les plus extrêmes 19.
2) La distraction
Plus comparable à une stratégie d’évitement que de fuite, la distraction consiste à orienter son attention sur une tâche différente de celle initiale pour pallier les conséquences émotionnelles. L’athlète peut ainsi écouter de la musique, discuter d’un sujet différent de la compétition, etcetera. Cependant, cette technique nuit à la concentration de l’athlète sur la compétition et donc diminue sa performance.
1) La réévaluation cognitive 18
Cette pratique consiste en un processus cognitif d’évaluation d’une situation perçue par l’athlète afin d’en atténuer ou d’en accroître le caractère émotionnel 20. En faisant cette réévaluation cognitive, l’athlète associe de nouvelles émotions (positives) à la situation initialement perçue comme apportant des émotions négatives. Par exemple, si une compétition est vue comme stressante et à hauts enjeux, elle peut être associée à des émotions négatives (anxiété, peur, …). En utilisant la réévaluation cognitive, l’athlète oriente son attention non plus sur le stress lié à l’enjeu de la compétition mais par exemple au plaisir de la participation à une compétition ou encore à la joie de partager ce moment avec le public.
2) La préparation émotionnelle
Cette technique de préparation mentale consiste en l’utilisation de techniques de relaxation (méditation, respiration) ayant pour objectif de se concentrer avant le début de la compétition.
3) La planification émotionnelle
La planification émotionnelle permet de préparer l’athlète à ressentir certaines émotions comme le stress et à y faire face le jour J. En visualisant l’évènement, l’athlète peut, accompagné d’un préparateur mental, apprendre à réguler le stress ressenti en modifiant la perception de la compétition à quelques mois de cette échéance.
4) L’expression et la communication des émotions
L’expression reste la technique la moins coûteuse en termes de temps et de moyens mais reste la plus difficile à réaliser pour l’athlète. L’athlète recherche ainsi le soutien émotionnel de son entraîneur, de ses coéquipiers ou autre en leur exprimant ses émotions et en attendant en retour un soutien au travers de conseils, d’une écoute active et d’encouragements.
Lien
vers le questionnaire STAI-Y Trait : Questionnaire STAI-Y dépistage anxiété générale; pdf remplissable logo personnalisable ; version 1.5 desktop avec calcul automatique. (institutneurosport.com).
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