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Génération X - Y - Z

Rédacteurs : Vernet Félix [VF] - Tachdjian Mathis [TM] - Zgorski Joséphine [ZJ] - Robin Maël [RM] - 2024

Historique

    Le concept de génération, dans le sens moderne, apparaît en 1863 bien qu’il existe des traces de cette conception dans d'anciens écrits. C’est le lexicographe Emile Littré qui définit les générations comme étant : “all people coexisting in society at any given time.” au début des années 1870. Dans les années 1900, Wilhelm Dilthey définit la génération comme “Un cercle assez étroit d'individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu'ils dépendent des mêmes grands événements et changements survenus durant leur période de réceptivité.” Cette notion est ensuite complétée et approfondie par Karl Mannheim et Pierre Bourdieu dans les années 1920. Ce concept est repris, par la suite, par Gérard Mauger dans les années 1930 afin de la clarifier aux yeux de ceux qui ne la pensent pas pertinente. C'est ensuite la théorie générationnelle de Strauss-Howe (William Strauss et Neil Howe) qui voit le jour dans les années 1940, cette théorie ajoute aux définitions existantes la notion de culture partagée en plus du site de naissance. [RM]

Définition

    Ainsi la génération est un concept de sciences sociales dont les membres font partie d'une même tranche d'âge, sont nés à une même époque et partagent une culture et des événements communs. Le terme de génération est très large et peut être flou, les limites peuvent être arbitraires tant sa définition est complexe. Néanmoins ce concept permet de faire des classements, des recherches, etc. Il existe des divergences quant aux définitions des générations familiales, générations sociales, générations géographiques, etc. Au sein de la génération sociale on retrouve les grands-parents, les parents, les enfants et les petits-enfants. Les générations sociales sont le produit d’un contexte culturel. Il peut exister aussi des sous catégories de génération en fonction de la classe d’appartenance, de la zone géographique de vie, des croyances, etc. Il existe encore ce que l’on appelle les cusper, les Xennials par exemple, ce sont des micro générations d'enfants nés entre les bornes d’anciennes et nouvelles générations. Ce concept de génération est large, complexe et sujet à débat dans le domaine de la sociologie. [RM]

  Il est important de noter les débats quant aux définitions de la génération. Il existe deux hypothèses au sein de la théorie de la génération sociale, la “pulse-rate hypothesis” (Justin Dromel et Giuseppe Ferrari) c’est-à-dire l’hypothèse selon laquelle les génération sont délimitées selon les tranches d’âge et l“Imprint hypothesis” (Wilhelm Dilthey), c’est-à-dire l’hypothèse selon laquelle les générations sont délimitées par les évènements propre à une groupe de personne ayant sensiblement le même âge et étant dans une même zone démographique. [RM]
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Nous allons reprendre ici la définition de Karl Mannheim car c'est encore de nos jours celle qui fait foi : 
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Karl Mannheim (1893 - 1943) identifie trois éléments communs aux générations : 
  • Location temporelle : le site de naissance,
  • Location historique : exposé à des évènements communs,
  • Location socioculturelle : conscience et idées similaires.
    Il est intéressant de noter que les termes des différentes générations sociales peuvent-être très différents selon les pays, on peut noter par exemple la génération de l’enfant unique entre 1980 et 2010 et la génération des deux enfants entre 2010 et 2025 en Chine. Certains pays ne connaissent pas le terme des babys-boomers. Il existe de nombreux termes désignant les enfants nés dans certaines périodes comme les Xennials, les enfants nés entre la génération X et Y par exemple. Il existe de très nombreux termes en fonction des pays, des événements, des limites des générations, etc. [RM]
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Tableau de la répartition des 8 dernières générations de notre histoire (Ollivier, D., & Tanguy, C., 2017)

Générations Sociales

Génération

Evénements

Génération Perdue (1883 - 1900)

-

Génération Grandiose (1901 - 1927)

Première Guerre Mondiale (1914 - 1918)

Génération Silencieuse (1928 - 1945)

Grande Dépression (1929 - 1939)

Deuxième Guerre Mondiale (1939 - 1945)

Baby-Boomers (1946 - 1964)

Guerre Froide (1947 - 1991)

Guerre de Corée (1950 - 1954)

Guerre du Vietnam (1945 - 1965)

Génération X (1965 - 1980)

Guerre Froide (1947 - 1991)

Génération Y (1981 - 1996)

Guerre Froide (1947 - 1991)

WEB 1.0 (1991 - 2005)

Crise Climatique

Génération Z (1997 - 2012)

WEB 1.0 (1991 - 2005)

WEB 2.0 (2006 - ?)

Guerre contre le terrorisme (2001 - ?)

COVID (2019 - 2021)

Guerre en Ukraine (2020 - ?)

Crise Climatique

Génération Alpha (2012 - 2028)

WEB 2.0 (2006 - ?)

Guerre contre le terrorisme (2001 - ?)

Crise Climatique

Caractéristiques

Tableau des caractéristiques des générations Baby-boomers, X, Y et Z (Lewi, G., 2018)

Baby-Boomers

Génération X

Génération Y

Génération Z

Sentiment de bâtir une culture nouvelle


Perception d’être une génération charnière “avant et après nous”


Idéalisme - Volonté de réformer le monde


Recherche de la réussite professionnelle


Attrait pour l’expression collective


Vision positive de l’avenir


Respect des intuitions et de l’autorité


Loyauté envers l’entreprise et la hiérarchie

Génération en quête d’identité


Se sent victime des problèmes économiques


Agressivité et cynisme


Apolitique, voire nihiliste


Individualisme


Négation des valeurs des baby-boomers


Erudition technologique


Scepticisme vis-à-vis de l’avenir


Désir d’équilibre entre la vie privée et le travail


Méfiance à l’égard des organisations et institutions

Besoin d’immédiateté


Désir de contribuer


Confiance en soi et optimisme


Recherche d’un projet de vie et pas seulement d’un projet


Quête de développement personnel


Besoin de validation


Tolérance aux différences


Attrait pour l’expertise et les compétences


Notion d’enfant roi et exigence pour le respect de ses droits


Travailler moins et mieux

Hyperconnectés


Ultra Instantanés


Culture du Zapping


Partage et collaboration


Equilibre vie professionnelle et personnelle


Goût pour l'entrepreneuriat et la création


Hédonisme


Quête d’employabilité


Lucidité et pragmatisme


Exigence d’être traité d’égal à égal


Souci de sa propre image


Multiplicité des expériences de vie


Sérendipité - Test and Learn


Passion

    La génération Z telle que nous la définissons dans cette production a été marquée par de nombreux évènements et une transformation de la société, née à l’aube de la grande révolution d’internet. Elle a grandi en même temps qu’internet, dans une adolescence baignée dans les réseaux sociaux, l’abondance d’informations et d’influences, se construisant une identité à la marge des influences familiales et universitaires, avec une ouverture inédite sur tous les possibles (Houdé, 2016). Le monde qui accueille cette génération est frappé par le terrorisme, les préoccupations climatiques et la crise économique dans lesquels les enfants Z ont vu leurs parents évoluer professionnellement. Les combats sociaux nouveaux se multiplient et s’intensifient, le coût de la vie augmente et le monde du travail se transforme vers un individualisme connecté (Flichy, 2004). Le contexte social, économique et politique dans lequel s’est construite la génération Z a influencé leur développement à différents niveaux, présentant ainsi une population culturellement et psychologiquement différenciée de ses prédécesseurs. [RM]

Une ouverture vers l’univers des possibles

    Jamais les adolescents n’ont eu accès à autant d’informations, avec des influences multiples et inédites, poussé par une maîtrise sans précédents des outils technologiques de communication (Twenge, 2019). Les nouveaux médias et les réseaux sociaux permettant à ces jeunes individus de se construire un cercle social bien plus large, diversifiés, dans lesquels chacun peut faire valoir une expression du soi par l’art ou l’opinion, et avoir accès à celles des autres (Casilli, 2010) de manière totalement horizontale. La construction de leur identité propre peut alors se nourrir de toutes sortes d’influences, à la marge de l’institution familiale et scolaire, aboutissant à une grande diversité de futurs adultes et professionnels. Le temps passé devant un écran individuel et sur les réseaux sociaux est de plus en plus élevé chez ces individus avec des impacts psychologiques et cognitifs faisant sujets de recherches aux conclusions parfois inquiétantes. Le temps d’attention est écourté, la pensée devient superficielle et la mémoire s’appauvrit (Houdé, 2016 ; Goulde, 2020). Les individus de cette génération passent moins de temps avec leurs proches (Twenge, 2019), et un lien semble se révéler entre anxiété, dépression et comportements suicidaires et réseaux sociaux (Abi-Jaoude, 2020). La génération Z constitue la jeunesse la plus dépressive jamais observée. Finalement, les individus de la génération Z se sont développés en se détachant des influences classiques familiales et scolaires en accédant à un univers des possibles sans précédents, construisant leur identité de façon plus personnelle que jamais. Seulement, leur vie sociale physique est amoindrie, leur sentiment d’appartenance moins évident, et la mise en communauté n’est plus nécessaire et se raréfie. [TM]

    La génération Z a grandi dans un contexte de crise socio-économique, avec un taux de chômage en hausse, un pouvoir d’achat en baisse, et une montée du terrorisme et des préoccupations écologiques. Un contraste s’est construit entre l’ouverture virtuelle sur une pluralité de cultures et d’influences sans précédent, nourrissant l’identité de ces adultes en construction, et une vision inquiète de l’avenir, confinée dans une bulle éducative familiale plus protectrice que jamais (Tulgan, 2013). La génération Z est la génération la plus tardive dans son passage à la vie adulte : les premiers rapports sexuels sont retardés, ils restent plus longtemps chez leurs parents, et s’engage plus tardivement dans le monde du travail (Twenge, 2019). [TM]

La transformation du monde du travail

    Depuis les années d’après-guerre, le monde du travail taylorien des années 30 tend à disparaître au profit d’un modèle d’entreprise répondant aux demandes diversifiées d’un marché évoluant plus rapidement que jamais. Dans ce nouveau modèle de l’entreprise, que Flichy (2004) nomme l’individualisme connecté, les relations humaines sont au cœur du processus de production. La répétition de tâches manuelles est de plus en plus confiée à des machines, et l’individu est aujourd’hui un résolveur de problèmes multitâches. Les entreprises ont quant à elles multiplié et diversifié leurs moyens de communications, créant des groupes de travail provisoires, des moments d’échanges, d’une manière plus horizontale que jamais. Cette transformation n’a pas commencé avec la génération Z, et les jeunes professionnels de la génération Y se tournaient déjà vers cette nouvelle vision du travail. Quelle est la place de l’individu dans ce nouveau monde professionnel ? Aujourd’hui, l’individu appartient à plusieurs cercles de travail provisoires et changeant, aux limites floues. Le renouvellement permanent de ses compétences et la gestion de mutation profonde de sa carrière façonne l’adulte professionnel, désormais sans la protection qu’offrait le « métier », avec ses règles, ses savoir-faire, et le sentiment d’appartenance communautaire qu’il apportait. L’individu devient responsable de sa propre compétence et doit s’assurer de façon complètement autonome en interaction permanente avec autrui. Ce nouveau modèle est exigeant pour l’individu, source de stress et d’incertitudes au regard de la précarité de l’emploi. [TM]

La génération Z dans le monde professionnel d’aujourd’hui

    La génération Z a grandi accompagnée de toutes sortes d'influences et de l’émergence de combats sociaux nouveaux et diversifiés. C’est une génération tolérante à l’égard des autres, qui a évolué dans des cercles sociaux divers régis par une communication horizontale. De nombreux auteurs rapportent alors la nécessité pour la génération Z de l’équité (Dalmas, 2019 ; Lévy, 2020). Les droits individuels doivent être respectés, les personnes et le travail valorisés. La génération Z est craintive quant à leur futur équilibre de vie dans le contexte socio-économique actuel, et son engagement au sein d’une organisation - moins poussée par un sentiment d’appartenance réduit - ne pourra être assurée que par une valorisation de son travail et des conditions qu’il considère juste. [VF]

    La communication doit être horizontale, bien que ce ne soit pas exclusif à la génération Z puisque leurs aînés directs tendaient déjà à l’adoption de ce mode de communication avec l’émergence d’une nouvelle organisation de l’entreprise comme discuté dans le paragraphe précédent. L’individu Z porte une estime prononcée pour ses collègues de travail et les supérieurs hiérarchiques avec lesquels il échange de vive voix et qu’il considère compétent. Il ne se sent plus redevable à une organisation mais plutôt à son cercle de travail proche. [VF]

Limites

Le concept des générations X, Y, et Z offre un cadre pour comprendre les tendances générationnelles au sein de la société, tout en présentant certaines limitations :

  • Ambiguïté des frontières : D'un point de vue méthodologique, il est difficile de délimiter précisément les contours des différentes générations. Les individus aux extrémités des tranches d'âge définies peuvent partager des caractéristiques communes avec plusieurs générations.

 

  • Risque de généralisation : Cette approche tend à regrouper les individus selon leur année de naissance, négligeant la singularité de chaque personne et les variations d'expériences au sein d'une même génération.

 

  • Dynamisme des générations : Les comportements et attitudes évoluent avec le temps sous l'influence de facteurs divers tels que la culture, le milieu social, l'éducation, et l'environnement. Les particularités associées à une génération à un instant T peuvent se transformer au fur et à mesure de son vieillissement et de l'apparition de nouvelles influences. [ZJ]

Conclusion

En résumé, bien que le concept de générations X, Y et Z soit utile pour analyser les tendances générationnelles, il convient de l'aborder avec prudence et de reconnaître ses limites en termes de généralisations excessives et de variabilité interne. Il convient alors de :

Prise de conscience sociale : mettre en lumière l'importance pour la société de reconnaître la diversité et la complexité des identités humaines. Cela pourrait encourager un dialogue plus inclusif et respectueux sur les questions générationnelles, en évitant les stéréotypes et les généralisations excessives.

Application dans les domaines pratiques : reconnaître la complexité des identités individuelles dans les contextes pratiques tels que la gestion des ressources humaines, le marketing et la politique. Les praticiens pourraient bénéficier d'une approche plus individualisée dans leur compréhension des comportements et des attitudes des différentes cohortes d'âge. 

Interdisciplinaire :  avoir une approche interdisciplinaire pour comprendre les dynamiques sociales, afin d'appréhender pleinement la complexité des identités générationnelles. 

Pour conclure, ce concept offre un cadre pour comprendre les évolutions générationnelles, il est crucial d'aborder ce concept avec discernement, en tenant compte de ses limites liées aux généralisations et à la diversité interne. Il est essentiel de promouvoir une prise de conscience sociale qui valorise la diversité et la complexité des identités, d’intégrer cette compréhension nuancée dans les pratiques professionnelles telles que la gestion des ressources humaines, la politique ou encore le coaching. 

Finalement, une compréhension approfondie des identités peut révéler que les véritables liens qui nous unissent sont davantage interpersonnels qu'intergénérationnels. Nous pensons donc que ce concept de génération doit être un outil, pour tenter de comprendre la singularité d’une personne et non sa carte de visite. [ZJ]

Références

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