Skateboard
Primo rédacteur : Joséphine Zgorski, 2023
Définition
Le terme skateboard, littéralement planche à patiner, désigne à la fois l’objet de déplacement constitué d’une planche sous laquelle sont fixées quatre roulettes, et le sport qui consiste à se maintenir debout en équilibre sur l’objet afin de se déplacer et d’exécuter des figures variées.
Historique
A l’origine de la pratique du skateboard : un jeu d’enfant. Fin des années 30 aux États-Unis, le patin à roulettes et la trottinette sont en vogue chez les jeunes. Le scooter skate est une trottinette de fortune bricolée à partir d’un patin à roulettes coupé en deux, dont repose sur chacune des parties un morceau de bois cloué, avec un guidon en bois fixé sur une cagette qui sert de potence. Le déplacement étant limité par le guidon, ce dernier est abandonné par les enfants pour ne garder uniquement les deux bouts de patins à roulettes et le morceau de bois. C’est ainsi que sont inventées les premières planches à patiner. En 1956, les premiers skateboards sont commercialisés par la marque Humco.
Dans les années 60, la mode est au surf en Californie. Le skate est connu sous le nom de sidewalk surfboard1. Certains surfeurs y voient une alternative lorsqu’il n’y a pas de vague. Le skateboard se pratique en groupe lors de rassemblements sur des lieux clés : cours d’école, ditch2, dans la rue… En 1963, la marque Makaha skateboard organise la première compétition de skate en Californie. Sur le modèle du surf, cette même marque sponsorise des skateurs, s'ensuit l’organisation de démonstrations dans toute la Californie. La pratique se popularise massivement. Les ventes explosent jusqu’en 1966, avant le premier crash de l’industrie en raison des interdictions de la pratique dans plusieurs villes et du matériel de mauvaise qualité.
Les évolutions techniques donnent au skate sa deuxième vague de popularité dans les années 70. Le skateboard continue son émancipation. Les premières figures adaptées du shortboard3 (surf) font leur apparition. Les premiers skateparks (bowl4) sont construits avec la volonté de créer des zones réservées à cette pratique. La culture est axée sur l’amusement. Le skate rencontre un fort succès chez les jeunes, et se diversifie en plusieurs facettes : freestyle5, descente6, saut en hauteur7, piscine vide8. À partir de 1975, les partenariats de sponsoring et les magazines spécialisés évoluent grandement. Le skate reste underground, pratiqué en petit groupe confidentiel. Les valeurs de liberté, de rébellion et de rupture sont partagées. Le skateboard est reconnu comme un sport par le Ministère Français des Sports en 1974, et intègre la fédération française de surf en 1977.
Au début des années 80, le skateboard rencontre une période creuse. La pratique est jugée dangereuse. Les skateparks ferment et le marché s’effondre. Les pratiquants représentent alors uniquement des passionnés. Le skate s’inscrit dans la sphère de la contre-culture et se rapproche des expressions urbaines revendicatrices (musiques, graffiti). L’apparition du ollie9 sur le plat en 1981 révolutionne la pratique et l’utilisation du mobilier urbain. C’est la naissance de la discipline du street10. La pratique en skatepark (bowl) diminue drastiquement en raison des destructions. À partir de 1985, de nombreuses figures toujours plus techniques sont inventées. La performance est valorisée par la réalisation d’une seule figure exceptionnelle. Le skate redevient populaire. L’utilisation de la vidéo devient un outil de promotion pour la discipline et les marques spécialisées. Le marché se développe en même temps que la pratique se professionnalise.
Dans les années 90, le skateboard continue de progresser à travers le monde, il s’ancre dans la culture populaire et devient un phénomène mondial. La discipline du street est favorite. La technique prime sur l’esthétique. Le nombre de marques spécialisées et de vidéos se multiplient. En 1995, les premiers Extreme Games11 (ancien XGames) sont diffusés par la chaîne ESPN12. Cet événement donne au skateboard une médiatisation mondiale et un nouvel intérêt pour le grand public. Le skateboard passe de la pratique rebelle à la pratique spectaculaire. Dans le milieu, la nouvelle est accueillie avec un mélange de réserve et d’enthousiasme : les skateurs underground ont peur de voir la pratique se faire récupérer, et de l’autre côté, l’industrie presse pour aider les ventes. La performance représente la réalisation d’une figure spectaculaire sur un gros spot13. Les skateurs deviennent des ambassadeurs marketing de marques. Le skateboard intègre la Fédération Française de Roller Skating en 1997.
Au début des années 2000, l’industrie est énorme et génère un total de 1,4 milliard de dollars. Les marques spécialisées sont de plus en plus convoitées par de grandes compagnies. La professionnalisation des skateurs croit massivement. Le skateboard continue de se populariser par les technologies de mise en avant : internet, la vidéo, la photo, le jeux vidéo… Dans cette dynamique de popularisation et de marchandisation, de grands organismes privés créent des compétitions internationales et des circuits professionnels avec des récompenses à des prix délirants. Deux circuits professionnels majeurs voient le jour : la Street League Skateboarding pour la discipline du street en 2010, et les Vans Park Series pour la discipline du bowl en 2016.
En 2016, sur décision du Comité International Olympique (CIO), le skateboard intègre le programme des Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo. Cette décision ne fait pas consensus chez les skateurs. Les réfractaires défendent l’idée que le skateboard n’est en aucun cas un sport et que son intégration aux JO changera son essence et son individualité à jamais. La nouvelle engendre une restructuration de l’activité. À cette époque, le skateboard compte deux instances dirigeantes mondiales en concurrence, non reconnu par le CIO : International Skateboarding Federation (ISF) et World Skateboarding Federation (WSF). Cependant, le CIO décide de ne pas choisir une organisation spécifique comme organe directeur mondial de l’activité, et choisit la Fédération Internationale de Roller Sports (FIRS). La FIRS fusionne avec les acteurs de la ISF, et devient World Skate en 2017. Les deux disciplines majeures du skateboard, le street et le bowl, sont représentées aux JO. Mentionné comme sport additionnel pour les Jeux de Tokyo 2020 et de Paris 2024, le skateboard deviendra un sport olympique permanent à partir des Jeux de Los Angeles 2028.
Aujourd’hui
Suite aux Jeux de Tokyo, la couverture médiatique donne au skateboard un gain de popularité dans le monde entier. Les projecteurs sont tournés vers les disciplines du street et du bowl, largement pratiquée et médiatisée. Toutefois, la rampe et la descente connaissent un regain d'intérêt. Le nombre de pratiquants augmente drastiquement. Les mentalités envers la pratique évoluent : ce sport marginalisé bénéficie désormais d’un plus grand respect du grand public.
Chez les pratiquants, les mentalités changent également : ce n'est plus le temps de la contre-culture. Les jeunes ont une vision complètement différente de la discipline. L’approche compétitive du sport se popularise. Le skate se développe dans de nouveaux pays comme la Chine, de nombreuses nations prennent part aux compétitions du circuit international. Les Jeux ont un impact considérable sur la pratique féminine, participant à l’élévation du niveau et à l’augmentation du nombre de pratiquantes. Le skateboard professionnel n’a jamais connu une telle ampleur : des banques, des marques de luxe et d’horlogerie investissent dans les événements et les skateurs. Le skate spectacle perdure à travers les circuits de compétitions professionnels tels que la SLS ou les X Games, en parallèle du circuit de compétition de la World Skate. La médiatisation continue via internet et les vidéos. Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la visibilité du sport. Certains skateurs sont suivis par des millions de personnes. En France, le skateboard se structure au sein de la Fédération Française de Roller et Skateboard (FFRS) par le développement du haut niveau, d’équipements et de la formation d’encadrants. Le nombre de licenciés est passé de 3000 en 2020 à plus de 7500 aujourd’hui.
Une dualité persiste entre la pratique sportive et la pratique marginale du skateboard. La pratique en compétition reste minoritaire. Le nombre de licenciés est loin de refléter le nombre réel de pratiquants.
Demain
Dans un écosystème aussi diversifié, d’un côté avec l'institutionnalisation de la pratique vers un sport à part entière, et de l’autre avec le pouvoir des marques capables de bouleverser le marché, le skateboard vit une nouvelle étape de son histoire.
La mise en lumière de l’activité par les JO renvoie davantage au grand public la discipline sportive plutôt que l’esprit et la culture initiale de la pratique. Le skate et son industrie vont toutefois bénéficier de l’augmentation du nombre de pratiquants et de la visibilité découlant des Jeux. L’engouement pour la pratique semble perdurer de manière croissante, à en juger par la rapidité avec laquelle les places pour assister aux épreuves de Paris 2024 se sont vendues. Les nouvelles générations de jeunes skateurs tendent plus à s’orienter vers une pratique structurée, au sein des clubs, avec des ambitions de résultats sportifs. Néanmoins, l’esprit et la culture fondamentale du skate restent pour le moment préservés. Les deux mondes distincts, pratique sportive et pratique libre, cohabitent désormais ensemble.
La direction prise par le skate dépendra des initiatives de l’ensemble des acteurs de l’activité (institutions, marques, fédérations…) et de l’adhésion des pratiquants à ces orientations.
Notes et références
Définitions :
1 Littéralement en français planche à surfer les trottoirs.
2 Fossé de drainage de taille importante, très présent aux États-Unis, conçu pour l'écoulement des eaux, qui suit généralement une pente descendante, et présente parfois des rives ou des transitions lisses. Asséchés, les ditches sont des terrains de jeu pour les skateurs.
3 Planche de surf courte et étroite, très manœuvrable, parfaite pour réaliser des figures.
4 Inspiré des piscines vides californiennes, un bowl est une surface de pratique en béton avec des formes en cuve et en bassin permettant de réaliser des figures dans les airs ou sur les bords.
5 Le freestyle se pratique dans la rue. Cette discipline consiste à enchaîner des figures de skate uniquement au sol.
6 La descente consiste à dévaler des routes raides à pleine vitesse.
7 Le saut en hauteur consiste à sauter par dessus une barre tandis que la planche passe en dessous. Pour que le saut soit validé, la réception doit se faire les deux pieds sur la planche sans perte d’équilibre.
8 Les piscines vides californiennes entièrement construites en béton avec leurs parois courbes offraient des lieux de pratique du skateboard.
9 Figure de base du skateboard. Il s’agit de faire un saut avec la planche.
10 Le street consiste à pratiquer dans la rue, d’où son nom, ou dans des skateparks qui reproduisent l’environnement urbain.
11 Compétition organisée et diffusée aux États-Unis, regroupant plusieurs sports dits extrêmes comme le skateboard, le BMX, la moto, le ski, le snowboard…
12 Entertainment and Sports Programming Network. Chaîne de télévision sportive américaine créée en 1979.
13 Lieu où la pratique du skateboard est possible.
Voir aussi
Bibliographie :
Raphaël Zarka, 2009 - Une journée sans vague : chronologie lacunaire du skateboard. B42
La Fédération Française de Surf de 1964 à nos jours. Surfingfrance.com.
Michael Pavitt, 2017 - FIRS and ISF to merge into World Skate to aid development and management of skateboarding. Insidethegames, 2017
Pétition : No Skateboarding in the Olympics!
Catherine Pacary, Le skate ne veut pas s’enchaîner aux anneaux olympiques. Le Monde, le 10 mai 2018
Clément Martel, JO de Tokyo 2021 : le skateboard espère ne pas perdre son âme. Le Monde, le 24 juillet 2021
Skateboarding joins permanent Olympic event schedule from LA 2028. World Skate.org, le 4 février 2022
Chloe Merrell, Un an après Tokyo 2020 : Comment les débuts olympiques du skateboard ont changé les Jeux. Olympics.com, 2022
4 commentaires
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Pour commencer, je tiens à féliciter la qualité de l'article. Pour aller plus loin, je te conseille d'inclure directement, sous forme de (auteur, date) les références dans ton article, et pas seulement à la fin.
Ensuite, il y a un certain nombre de mots "spot"; "bowl", "olie" etc... qui sont des mots issus de la culture skate mais très souvent méconnus du grand public. Apporter une définition me paraît donc nécessaire.
Enfin, je te suggère de différencier la politique de développement du skate au niveau du World Skate et celle de la FFRS pour bien comprendre les divergences de point de vue entre chaque.
Pour commencer, je tiens à féliciter la qualité de l'article. Pour aller plus loin, je te conseille d'inclure directement, sous forme de (auteur, date) les références dans ton article, et pas seulement à la fin.
Ensuite, il y a un certain nombre de mots "spot"; "bowl", "olie" etc... qui sont des mots issus de la culture skate mais très souvent méconnus du grand public. Apporter une définition me paraît donc nécessaire.
Enfin, je te suggère de différencier la politique de développement du skate au niveau du World Skate et celle de la FFRS pour bien comprendre les divergences de point de vue entre chaque.
Superbe article, très enrichissant, surtout lorsque l'on ne s'y connait pas tellement. Premièrement je souligne la chronologie très compréhensible de l'évolution de la pratique. Je souligne aussi l'expression, très fluide à lire.
Quelques commentaires :