Sprint et prévention de blessure aux ischio-jambiers
Primo rédacteur : Lucas Pesqueux 2023
Aperçu historique et définition du sujet
Les lésions aux ischio-jambiers (IJ) sont l’une des plus importantes blessures qui surviennent dans de nombreuses disciplines sportives telles que le rugby, l’athlétisme, le football et plus généralement toute discipline qui implique des accélérations et des sprints4. Par exemple, au football, les déchirures aux IJ représentent 17% de toutes les blessures27. Ce constat a évolué puisque les études des années 1980 montraient une majorité de blessures ligamentaires principalement aux chevilles et aux genoux9,17. Un autre constat parlant montre que les atteintes aux IJ représentaient 12% du total des blessures au début des années 2000, contre 24% sur la saison 2021-20228. Ce changement notable dans l’épidémiologie des blessures fait suite à l’augmentation de l’intensité de travail ainsi qu’à la surcharge des calendrier de matchs.
Prévenir l’exposition aux risques de blessures est un aspect fondamental de la préparation athlétique à haut-niveau car plus les athlètes sont disponibles, ou non-blessés, plus l’équipe est performante13. Une relation a été établie (Figue 1 ci-dessous), par le Dr. John Orchard, entre la performance d’équipe, le fitness et les blessure18.

Figure 1: Relation entre la charge d’entrainement, le fitness, les blessures et la performance d’équipe.
La prévention d’apparition de blessure aux IJ suit donc une logique de gestion du risque (Voir sujet WikINSEP "Gestion du risque de blessures") qui est spécifique à la zone lésée et au type de pathologie, eux-mêmes liés à des facteurs propres. Il existe une multitude de facteurs concernant le risque de microtraumatisme aux IJ :
- Le manque de mobilité26,
- Un échauffement inadapté23,
- Un déficit de force musculaire19,
- Des antécédents de blessures au IJ25,
- Un déséquilibre de force entre les quadriceps et les IJ7,
- La fatigue musculaire20,21.
L’incidence de blessuresblessure est probablement le résultat d’une interaction entre plusieurs de ces facteurs de risques. Suivant cette idée, on cherche donc à réduire, avec une approche holistique, les différents facteurs de risques par ordre d’importance.
Les auteurs se sont questionnés sur l’apparition de cette pathologie spécifique. Comme évoqué précédemment, on a constaté une augmentation de la quantité de courses à haute intensité (19.8-25.1 km.h-1) et du nombre de sprints (>25.1 km.h-1) effectués pendant les matchs de football. En sept saisons, les volumes à haute intensité et en sprint ont augmenté de 30 à 35%3. De nombreuses études affirment que ces lésions surviennent majoritairement sur des efforts de courses à haute intensité et en sprintssprint2,10.
Or, quels méthodes utilisées pour prévenir la blessure en sprint ?
Synthèse exhaustive sur le sujet et domaines d’application
Une méthode probablement efficace, si ce n’est optimale ?
Le Nordic Hamstring Exercise (NHE) est un exercice qui est quasi-exclusivement utilisé en prévention, à tel point qu’il s’agit du seul exercice de renforcement pour les IJ présent dans le programme de prévention FIFA 11+ développé par la FIFA5. Son efficacité dans le renforcement de la force excentrique des IJ a été démontrée. Dans les années 2000, des études ont également affirmées ses effets bénéfiques face à l’incidence des lésions aux IJ1.
Cependant, ces étudestudes, bien qu’elles soient efficaces, ne semblent pas optimales selon la littérature récente. Une étude de l’Université australienne de Queensland a indiqué que la survenu de lésions aux IJ est lié à la force de flexion excentrique du genou et la longueur des faisceaux du chef-long du biceps fémoral24. La présence de courts faisceaux musculaires au chef-long du biceps fémoral couplée à un faible force excentrique en flexion du genou représente un facteur de risque. L’étude des effets du NHE aont été investiguées avec de l’Imagerie par Résonnancesonance Magnétique (IRM), et les résultats ont montré une réponse uniforme pour le muscle biceps fémoral15. Ces auteurs affirment que le NHE active principalement le semi-tendineux et le chef-court du biceps fémoral. Cela expliquerait également l'hypertrophie constatée dans le chef-court du biceps fémoral après avoir diagnostiqué une lésion du chef-long du biceps fémoral.
Or, les stratégies de prévention baséees uniquement sur le NHE n’optimiseraient ainsi pas l’activation du chef-long du biceps fémoral. Celui-ci étant identifiée comme un facteur de risque selon les études récentes.
…Alors pourquoi ne pas s’entrainer en sprint pour prévenir de l’apparition de blessures en sprint ?
L’entrainement en sprint représente une excellente méthode de développement de la force excentrique des IJ dans une optique de prévention de blessures, tout en permettant une amélioration des performances en sprint12. Ce dernier a été comparé au NHE afin d’observer les effets, et notamment sur les faisceaux du chef-long du biceps fémoral. Les résultats d’une étude récente montrent des effets supérieurs de l’entrainement en sprint sur l’augmentation de la longueur des faisceaux musculaires16. Le groupe expérimental « Sprint » a suivi un programme visant à stimuler l'ensemble du spectre force-vitesse (voir Tableau 1).

Tableau 1: Contenus d’entrainements pour le groupe “Sprint”.
Empiriquement, il y a un double intérêt avec l’aspect préventif imbriqué dans le développement des qualités physiques. En effet, le sprint représente un paramètre plus que décisif dans les sports collectifs comme le football, puisqu’on le retrouve dans 45% des actions de buts11. Il apparait nécessaire de réussir à quantifier les charges de travail aigueaiguës et chroniquechroniques pour maintenir des temps de récupération suffisants afin d’optimiser les adaptations14. Le suivi de la charge externe en sprint a son intérêt dans l’estimation du risque de blessure13 mais avec quelle précision ce suivi nous permet-il d’estimer les risques ? (Voir WikINSEP "Estimation du risque de blessure").
Enfin, la spécificité de l'entraînement au sprint et le faible coût des méthodes de test (une application validée scientifiquement22 ou des feuilles de calcul gratuites en ligne, sont assez accessibles) permettent la mise en place de suivi qualitatif sur l’entrainement en sprint.
État des lieux des évolutions
Le travail de sprint reste constamment investiguerinvestigué dans la littérature et les dernières études s’attardent sur les paramètres biomécaniques à tenirprendre en compte dans l’entrainement en sprint. En effet, la contrainte mécanique qui est subitsubie par les IJ est importante. Par exemple, l’insertion proximale de ces derniers étant sur la tubérosité ischiatique, le rôle du bassin apparait fondamental. Le bassin agissant comme un levier fonctionnel entre le tronc et les membres inférieurs, les forces musculaires peuvent créer des accélérations angulaires sur plusieurs segments, influençant ainsi la tension imposée6. Il s’agit d’un point de vigilance à connaitre afin d’orienter ses feedback et contenus d’entrainements en sprint dans une logique préventive.
Pour finir, l’entrainement en sprint, au vu du contexte épidémiologique, montre une efficacité bénéfice-temps avec son double intérêt que nous venons de présenter. Dans une perspective d’optimisation du rendement de l’entrainement en sprint vis-à-vis de la performance, on peut se questionner sur la possibilité, en plus de l’aspect préventif, de développer les filières énergétiques via des méthodes comme le Sprint Interval Training (SIT) par exemple (Voir sujet WikINSEP "Sprint Interval Training").
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