Répétition de sprint en hypoxie
Primo rédacteur: Camille Précart 2023
Introduction
Depuis les Jeux Olympiques d’été de 1968 à Mexico, les méthodes d’entraînements en altitude/hypoxie se sont largement développées. Déjà à l’époque, des questionnements émergeaient de ce rendez-vous sportif planétaire organisé à 2300 m d’altitude. Les performances explosives (sprint, sauts) y ont été meilleures alors que celles d’endurance ont été largement affectées. Bien sûr, certains se doutaient déjà de la particularité de l’entraînement en altitude, puisque la création du Centre National d’Entrainement en Altitude de Font-Romeu remonte à 1967 et la championne olympique tricolore de 400 m, Colette Besson, y préparait déjà la grande échéance.
Le stage en altitude (entraînement et résidence) est la méthode hypoxique traditionnelle et permet des adaptations hématologiques principalement intéressantes pour les sports d’endurance. Néanmoins, depuis ces premières méthodes, les méthodes se sont largement diversifiées pour intéresser un plus large panel de sports.
Parmi celles-ci, l’entraînement de répétitions de sprints en hypoxie (RSH) apparaît comme une méthode très intéressante3, notamment en sports collectifs1 2 6. Dans ces sports, la capacité à réitérer des sprints à intensité maximale et de maintenir cette intensité à travers la répétition est un paramètre de performance.
Par définition, la capacité de répétition de sprint (RSA) renvoie au type d’efforts réalisés dans les sports collectifs. Selon la littérature scientifique, le RSH induit des bénéfices supérieurs en termes de puissance (ou vitesse) moyenne développée durant le test RSA par rapport à la répétition de sprints en normoxie (RSN)3. Le RSH permet également d’augmenter la performance aérobie en test intermittent ainsi qu’une meilleure résistance à la fatigue lors d’un test RSA6.
1. L’entraînement en répétition de sprints en hypoxie (RSH)
Le RSH est défini comme la répétition d’efforts maximaux de courte durée (<30s) entrecoupés de récupérations courtes et incomplètes (généralement <60 s) en hypoxie 3. Cette méthode est généralement pratiquée en chambre normobarique avec une fraction inspiratoire en oxygène de 12 à 14,5 % qui simule une altitude de 2000 à 4000m. Cette méthode d’entraînement peut être effectuée avec différents modes : sur cycloergomètre4 10, en course (sol ou tapis roulant)2 8 ou en ski ergomètre1 5. Les études sont menées principalement sur des sujets masculins excepté une étude mixte5, et une autre qui a recruté exclusivement un public féminin10. La méthode fait ses preuves pour les sportifs comme les sportives.
2. Effets de l’entraînement RSH sur la performance
La méta-analyse publiée sur la méthode RSH montre un effet significatif (faible à modéré) en faveur du RSH sur la puissance moyenne et maximale3. Les bénéfices du RSH semblent être reconnus sur la performance RSA.
En effet, le nombre de sprints réalisés s’accroît après 2 à 4 semaines d’entraînement RSH (de 38 et 57 %, lorsqu’il n’y a aucune différence en normoxie)4 5. La puissance (ou vitesse) moyenne augmente avec l’entraînement en RSH (10 à 11 %)1 5 et, par conséquent, le temps de sprints cumulés diminue (4 %)2. Le RSH améliore également la résistance à la fatigue (index de fatigue diminué de 12 %)11. L’amélioration de la puissance maximale (généralement mesurée durant les premiers sprints du test) est moins affirmée2 9. Seules quelques études montrent une augmentation de cette puissance maximale (5 à 10 %)1 10.
La performance aérobie semble s’améliorer particulièrement sur les tests intermittents comme le Yoyo Test de niveau 1 ou 2. La distance parcourue sur ces tests augmente (entre 20 et 45 % avec une tendance non significative) avec l’entrainement RSH par rapport au RSN2 7 8.
Ces améliorations sont principalement expliquées par des adaptations moléculaires (au niveau des systèmes glycolytiques), l’augmentation du flux sanguin (notamment au niveau fibres musculaires de type rapide) supérieures en condition hypoxie qu’en normoxie. Le RSH provoque donc principalement des adaptations périphériques4.
AJOUTER PARTIE EVOLUTION : apport d’une individualisation de la charge en RSH
Conclusion
Le RSH augmente la puissance ou vitesse moyenne de la performance en sprints répétés et peut générer des adaptations à partir de deux semaines d’intervention. En sport collectif, où les périodes de préparation physique se réduisent, la méthode RSH apparaît comme une solution pour augmenter rapidement et efficacement les capacités physiques des joueurs en matière de répétitions de sprint.
Bibliographie
1Beard, Adam, John Ashby, Mark Kilgallon, Franck Brocherie, et Grégoire P. Millet. 2019. «Upper-Body Repeated-Sprint Training in Hypoxia in International Rugby Union Players ». European Journal of Sport Science 19 (9): 1175‑83. https://doi.org/10.1080/17461391.2019.1587521.
2Brocherie, Franck, Grégoire P. Millet, Anna Hauser, Thomas Steiner, Julien Rysman, Jon P. Wehrlin, and Olivier Girard. 2015. “‘Live High-Train Low and High’ Hypoxic Training Improves Team-Sport Performance.” Medicine and Science in Sports and Exercise 47 (10): 2140–49. https://doi.org/10.1249/MSS.0000000000000630.
3Brocherie, Franck, Olivier Girard, Raphaël Faiss, et Grégoire P. Millet. 2017. « Effects of Repeated-Sprint Training in Hypoxia on Sea-Level Performance: A Meta-Analysis ». Sports Medicine (Auckland, N.Z.) 47 (8): 1651‑60. https://doi.org/10.1007/s40279-017-0685-3.
4Faiss, Raphael, Bertrand Léger, Jean-Marc Vesin, Pierre-Etienne Fournier, Yan Eggel, Olivier Dériaz, et Grégoire P. Millet. 2013. « Significant Molecular and Systemic Adaptations after Repeated Sprint Training in Hypoxia ». PloS One 8 (2): e56522. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0056522.
5Faiss, Raphael, Sarah Willis, Dennis-Peter Born, Billy Sperlich, Jean-Marc Vesin, Hans-Christer Holmberg, et Grégoire P. Millet. 2015. « Repeated Double-Poling Sprint Training in Hypoxia by Competitive Cross-Country Skiers ». Medicine and Science in Sports and Exercise 47 (4): 809‑17. https://doi.org/10.1249/MSS.0000000000000464.
6Galvin, Harvey M., Karl Cooke, David P. Sumners, Katya N. Mileva, et Joanna L. Bowtell. 2013. « Repeated Sprint Training in Normobaric Hypoxia ». British Journal of Sports Medicine 47 Suppl 1 (Suppl 1): i74-79. https://doi.org/10.1136/bjsports-2013-092826.
7Gatterer, Hannes, Kultida Klarod, Dieter Heinrich, Philipp Schlemmer, Stefan Dilitz, et Martin Burtscher. 2015. « Effects of a 12-Day Maximal Shuttle-Run Shock Microcycle in Hypoxia on Soccer Specific Performance and Oxidative Stress ». Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism 40 (8): 842‑45. https://doi.org/10.1139/apnm-2014-0479.
8Gatterer, Hannes, Marc Philippe, Verena Menz, Florian Mosbach, Martin Faulhaber, et Martin Burtscher. 2014. « Shuttle-Run Sprint Training in Hypoxia for Youth Elite Soccer Players: A Pilot Study ». Journal of Sports Science & Medicine 13 (4): 731‑35.
9Goods, Paul S. R., Brian Dawson, Grant J. Landers, Christopher J. Gore, et Peter Peeling. 2015. « No Additional Benefit of Repeat-Sprint Training in Hypoxia than in Normoxia on Sea-Level Repeat-Sprint Ability ». Journal of Sports Science & Medicine 14 (3): 681‑88.
10Kasai, Nobukazu, Sahiro Mizuno, Sayuri Ishimoto, Etsuko Sakamoto, Misato Maruta, et Kazushige Goto. 2015. « Effect of Training in Hypoxia on Repeated Sprint Performance in Female Athletes ». SpringerPlus 4: 310. https://doi.org/10.1186/s40064-015-1041-4.
11Pramkratok, Wadee, Tongthong Songsupap, et Tossaporn Yimlamai. 2022. « Repeated Sprint Training under Hypoxia Improves Aerobic Performance and Repeated Sprint Ability by Enhancing Muscle Deoxygenation and Markers of Angiogenesis in Rugby Sevens ». European Journal of Applied Physiology 122 (3): 611‑22. https://doi.org/10.1007/s00421-021-04861-8.