Passer au contenu principal

Histoire du sport : focus sur la naissance des sports modernes

Primo rédacteur : Félix Cauchetier (2023)

Histoire du sport : focus sur la naissance des sports modernes 

Définition

Le terme « sport » vient du vieux français « desport » désignant « le divertissement, le plaisir physique ou de l’esprit » (Hubscher, 1992).

L’histoire est « la connaissance du passé de l’humanité et des sociétés humaines ; discipline qui étudie ce passé et cherche à le reconstituer » (Larousse).

Le sport moderne se définit à travers quatre points indispensables (Queval, 2004). Le premier est la mise en œuvre d’une ou plusieurs qualités physiques : endurance, coordination, adresse.... Le second est que l’activité en question soit institutionnalisée, les règles doivent être communes à l’ensemble des pays. Le troisième est que la pratique soit orientée vers la compétition. Et enfin pour terminer la pratique doit être sous la tutelle d’une fédération (nationale et internationale). Ces quatre critères n’excluent néanmoins pas la pratique de sport loisir, santé et scolaire.

En 2001, le Conseil de l’Europe propose la définition suivante : « On entend par sport toutes formes d’activités physiques qui, à travers une participation organisée ou non, ont pour objectif l’expression ou l’amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l’obtention de résultats en compétitions de tous niveaux ».

L’histoire du sport est un champ de l’étude historique qui se concentre sur l’ensemble des acteurs du sport et sur l’évolution des pratiques sportives. Les historiens traitent 8 points primordiaux : l’origine des sports, l’évolution des règles (en lien avec les changements sociaux, culturels et technologiques), les évènements sportifs majeurs (création des JO, des Coupes du Monde), la sociologie du sport (l’influence des facteurs sociaux dans le sport), les athlètes et personnalités sportives (leurs impacts sur la société), le sport et la politique (Jeux Olympiques de 1936), l’économie dans le sport (marketing, starification...) et les controverses et les problèmes liés au sport (dopage, triche...)

Historiographie

En France, les historiens du sport sont apparus bien plus tard que chez nos voisins britanniques ou encore américains. Le premier pionnier de cette discipline est Georges Bourdon mais qui est avant tout un reporter et journaliste pour Le Figaro. Cependant, son ouvrage La renaissance athlétique et le Racing Club de France en 1906 fait parler de lui car il conteste le statut de Pierre de Coubertin en tant que père fondateur du sport moderne français. Cet ouvrage marque aussi la matière en étant le premier livre sur le sujet en France. Malheureusement, l’engouement pour cette discipline est minime car on retrouve que très peu d’ouvrage avant la fin du XXème siècle. Néanmoins, les historiens français s’intéressent exclusivement à l’étude du sport scolaire. En plus de cela, la matière est jugée peu crédible par l’ensemble des historiens français, ce qui n’aide pas à mettre en marche l’étude de la discipline.

L’étude de l’histoire du sport naît réellement en 1927 grâce à l’américain Charles Homer Haskins qui est le premier historien a utilisé le mot « sport » dans son ouvrage The latin

Littérature of Sport. Le développement de cette matière continue outre atlantique avec l’historien Harold Seymour qui est lui le premier historien à s’intéresser au sport moderne et plus particulièrement au baseball (The Rise of Major League Baseball to 1891, 1956). Il va réellement révolutionner la matière car il affirme qu’un historien du sport doit avoir connu et pratiqué la discipline qu’il étudie. C’est après cela qu’arrive une nouvelle vague d’historiens avec une bonne connaissance intérieure du sport ce qui va réellement métamorphoser la matière. A partir de 1974, les Etats-Unis et le Canada structurent de plus en plus l’étude de l’histoire du sport avec la création de la revue Journal of Sport History par la North American Society of Sport History.

C’est dans cette même période que l’étude de l’histoire du sport s’organise en Grande Bretagne. On peut citer l’historien Richard Holt et son œuvre Sport Society in Modern France en 1981. Cet ouvrage sur le sport français montre le retard en France dans la matière. Cette étude sonnera l’alarme dans notre pays et lancera le début réel de la matière en France avec notamment Alfred Wahl et Thierry Terret.

Histoire du Sport

La première question des historiens du sport est de savoir à quand remonte la création du sport dans l’histoire. Cette première question est un sujet de débat qui existe encore à l’heure actuelle. Deux théories s’affirment sur le sujet.

Sport phénomène universel

Pour une partie des historiens, le sport est un phénomène qui a toujours existé dans l’ensemble des sociétés sous des formes très diverses (sport antique, sport médiéval...). Les premières traces historiques de « sport » ne sont pas à Olympie (lieu des Jeux Olympiques Antique) en Grèce comme on peut le penser mais en Egypte dès le IIIème millénaire avant J-C avec notamment de la lutte (Decker et Thuillier, 2004). Les premières traces du sport moderne datent elles de l’époque romaine. On y voit des spectacles de masse, des clubs puissants et des enjeux financiers colossaux (Decker et Thuillier, 2004).

Sport création de la révolution industrielle anglaise

Pour l’autre partie des historiens, le sport a une naissance bien précise qui est la révolution industrielle anglaise. Le premier à défendre cette théorie est l’historien allemand Heinz Risse en 1921. Le grand changement entre le « sport » antique et le sport moderne est la notion de record et donc de performance (Lyotard, 2000). Pour les Grecs, la culture du corps est rituelle, culturelle, d’inspiration religieuse, alors que pour les modernes, le corps est une machine de rendement (Lyotard, 2000). Cette théorie est défendue surtout par Norbert Elias qui explique que la rupture entre les anciennes pratiques et le sport est au niveau de la violence (Elias, 1986). Le sport moderne a réussi à contrôler la violence au sein de ses activités avec les règlements. Cependant, l’historien français Sébastien Nadot met en évidence que les jeux physiques médiévaux avaient déjà des règlements qui permettaient de contrôler la violence (Nadot, 2010). Il prouve donc que le sport existe au moins depuis le Moyen-Age et non seulement depuis les années 1850 en Angleterre.

L’encyclopédie des sports (Liponski, 2001) est un ouvrage qui cite et explique l’ensemble des sports connus dans le monde entier et à travers les époques. On y retrouve de nombreux « jeux traditionnels » qui sont donc considérés comme des sports. Il existe également l’Association européenne des jeux et sports traditionnels.

Naissance du sport moderne en Angleterre

Le sport va se développer de deux manières en Angleterre. D’un côté par la culture corporelle des grands propriétaires terriens. De l’autres par la transformation des jeux étudiants des publics schools.

Les passe-temps des gentlemen-farmers

La genty (noblesse d’Angleterre non titrée) apprécie les passe-temps en particulier ceux basés sur la pratique physique. Ces activités d’origine rurale commencent progressivement à se codifier de plus en plus précisément (Elias et Dunning, 1994). Le premier règlement sportif arrive très tôt dès 1747 pour le cricket, puis pour la boxe en 1743.

La majorité des activités se fait encore par procuration entre les combats d’animaux et les courses de chevaux. Les gentleman-farmers prennent en charge l’organisation et la gestion des évènements avec le recrutement d’entraîneurs et la création d’écuries... Les compétitions se font à cette époque le plus souvent entre deux propriétés qui s’affrontent dans des combats de boxe et des courses. Cependant ce ne sont pas les propriétaires qui s’affrontent mais les meilleurs employés, la victoire est d’une importance symbolique. Ces rencontres permettent de contrôler la population mais sont également l’objet de flux d’argent très important avec les paris sportifs qui prennent une place grandissante au sein de ces dernières. Le métier de bookmaker se professionnalise grâce à la naissance de spectacles de masse (20 000 spectateurs à un combat de boxe) (Terret, 2010). L’importance des enjeux augmentant, les propriétaires se tournent vers le recrutement d’« athlètes » extérieurs à la propriété. C’est donc la première étape de la professionnalisation du sport avec : des athlètes, de la préparation physique et de la codification (invention du chronomètre en 1720, apparition de la notion de records et création de systèmes d’handicaps). A la suite de cela, on voit également la création des premières formes de clubs afin de s’assurer du contrôle des épreuves avec le Jockey Club en 1750 ou encore le Royal and Ancient Golf Club en 1754. Comme dernier exemple, nous pouvons citer la National Swimming Society créée en 1837 qui va organiser deux ans plus tard le premier championnat professionnel de natation suivi par des milliers de spectateurs (Terret, 1994).

L’action des public schools

De 1820 à 1860, le sport se développe au sein des public schools. Ce sont des établissements privés prestigieux tels que Winchester ou encore Westminster qui regroupent des élèves de la bourgeoisie et de la haute société. Les jeux traditionnels et la gymnastique sont déjà présents au sein de ces structures (McIntosh, 1968). Les élèves anglais jouent à un jeu qui se rapproche de la soule (sport traditionnel français, ancêtre présumé du rugby). Cependant ce jeu entraîne un niveau de violences et d’indiscipline trop élevé. En 1828, le directeur du collège de Rugby, Thomas Arnold règlemente le jeu jusqu’à créer les premières règles du football : durée, arbitrage, codification de la violence... Ces nouvelles règles permettent de forger une masculinité conquérante recherchée par l’Angleterre en tant que 1ère nation économique mondiale et puissance coloniale (Terret, 2010). Le but est de former des conquérants qui osent tout en

respectant les règles et la loi. Le collège Rugby devient alors la référence pour l’ensemble des public schools. Cependant malgré l’écriture des règles du football-rugby par les élèves du collège Rugby en 1845, elles ne sont pas encore communes à l’ensemble des joueurs du pays. Le football-rugby devient déjà le sport le plus populaire en Angleterre. Cependant chaque public school peut avoir un autre sport de référence : l’athlétisme à Marlborough, la natation et le cricket à Uton et l’aviron à Cambridge et Oxford (prestigieuse course depuis 1829).

Ethique de l’amateur et logique du gain

La rencontre entre ces deux mondes va se faire dans les années 1860 : entre le sport professionnel et populaire, et le sport amateur et élitiste. Cette rencontre est due à la facilité progressive d’organiser des rencontres universitaires (mise en place d’un réseau ferroviaire de plus en plus important) mais également par le fait que les étudiants continuent la pratique de leur sport à la fin de leurs études. Ce dernier point entraîne évidemment la création massive de clubs comme le Blackheath Club en 1858 (Holt, 1989). Ces nouveaux clubs qui se multiplient demandent des nouvelles structures pour coordonner les rencontres et les règlements. C’est ainsi que naissent les fédérations avec notamment celle de la voile en 1885. Ces dernières sont présidées par des membres de la classe moyenne ou supérieure qui promeuvent donc l’amateurisme et le fair-play avant tout. Les élites ne peuvent bafouer les valeurs du sport en y ajoutant de l’argent en enjeu. Malheureusement les ouvriers et les employés souffrent de cette politique car le temps passé au sport (match et entraînement) est un réel manque à gagner pour eux. Cette politique est donc source de désaccord. Les fédérations de football et de rugby vont rapidement céder sur la notion d’amateurisme. En particulier le football qui dans les années 1870 connaît une réelle explosion de sa popularité et de ses pratiquants surtout du côté de la classe ouvrière. On explique cela par la réduction du temps de travail de ces derniers. A partir de 1888, les clubs professionnels de football intègrent le championnat de la fédération (Mason, 1980). Dans ces mêmes années, on voit également l’arrivée de la presse spécialisée : Sportsman, Sportinglife... Le football professionnel devient officiellement le loisir préféré des Britanniques (Holt, 1989).

Sport et impérialisme

Les Britanniques vont utiliser trois manières distinctes afin de diffuser le sport à travers le monde.

La première va se réaliser à travers les différentes colonies. On le sait, l’Angleterre était une des trois plus grandes puissances coloniale avec la France et l’Espagne. Elle a colonisé de nombreux pays à travers le monde tels que l’Inde en Asie, l’Egypte en Afrique, l’Australie en Océanie ou encore le Canada et les Etats-Unis en Amérique et bien d’autres encore. Les dirigeants des administrations coloniales sont pour la plupart des étudiants des publics schools. Le sport va avoir un but d’éduquer et de rapprocher les « indigènes » des valeurs de la civilisation. Cette première manière va s’opérer avant tout dans les colonies africaines et asiatiques. C’est la raison qui explique que le sport le plus populaire en Inde est le cricket par exemple (Terret, 2010).

La seconde manière va se tourner vers les colonies blanches comme l’Australie par exemple mais également vers les Etats-Unis avec qui l’Angleterre continue de garder un lien malgré leurs indépendances. Le but est ici de pacifier les relations directes avec les dirigeants locaux mais également de continuer à marquer de son empreinte le pays. Avec ce modèle on voit certains

sports évolués pour devenir de nouveaux sports. C’est en 1880 que le football-rugby a évolué en football américain et football australien dans les pays respectifs (Terret, 2010).

La dernière manière va se tourner elle vers les autres grandes puissances européennes. Ce modèle va être possible grâce à la diaspora des étudiants britanniques qui vont voyager dans l’ensemble de l’Europe. Ces derniers vont développer la pratique de leur sport mais également créer des clubs dans leur ville d’étude (en Suisse, Belgique, France, Espagne, Italie ...) (Guttmann, 1994).

Les résistances du modèle gymnique français face aux sports modernes

Gymnastiques commerciales et hygiéniques

A partir de 1830, on assiste à l’émergence du marché de la gymnastique commerciale avec ses lieux, ses méthodes de concurrences et ses professionnels. Cette émergence est poussée par l’urgence sanitaire dû aux différentes épidémies de choléra qui sévissent sur le territoire français. On assiste également à une forte poussée et pression hygiéniste de la part de la bourgeoisie urbaine (Vigarello, 1978). En France, les premiers gymnases sont ouverts par des étrangers (suisses et allemands), des anciens militaires et des gymnastes. Au départ, cette nouvelle offre rencontre des difficultés pour se mettre en place, cependant les politiques commerciales et les alliances avec les autorités en charge de l’hygiène permettent aux gymnases de prendre une ampleur importante. Les gymnases sont ouverts toute la journée. Une minorité est affectée aux femmes mais la plupart sont réservés exclusivement aux hommes.

En 1869, le phénomène se professionnalise et se légitime avec la création du certificat d’aptitude à l’enseignement de la gymnastique (CAEG), préparé à l’école militaire de Joinville ouverte en 1859 (Simonet, 1998). Un deuxième point primordial est imposé cette même année : l’instauration obligatoire des cours de gymnastique dans les collèges et les lycées orchestrés par des militaires.

L ’Union des Sociétés de Gymnastique de France et la nation

Avec la IIIème république, la gymnastique s’organise sous une forme patriotique et revancharde à la suite de la défaite de 1870 dans la guerre franco-prussienne. En parallèle, la sensibilité à l’hygiène ne cesse de progresser surtout dans les catégories sociales favorisées. L’objectif est de régénérer la race tout en contrôlant le corps et l’esprit. L’exercice physique permet également d’atteindre des objectifs économiques en apprenant aux ouvriers à rationnaliser leurs gestes et à obéir au chef, à un moment où le pays accélère son industrialisation (tout comme l’Angleterre quelques années auparavant). Il y a également un dernier besoin qui est lui social, les classes ouvrières ressentent ce besoin de se réunir et de s’entraîner en communauté (Terret, 2010).

En 1873, une douzaine de sociétés gymniques se regroupent et créent USGF, cette initiative revient à Eugène Paz. Il est le responsable de la création de plusieurs sociétés mais également de la revue spécialisée : Le moniteur de la gymnastique. L’USGF ne va pas échapper à la politique patriotique comme sa devise peut le prouver « Patrie, courage, moralité ». L’organisation est rapidement agréée par le ministère de la Guerre et connaît une croissance importante sur deux points. Le premier point est une augmentation très significative du nombre de sociétés avec près de 250 en 1882. Le second point est au niveau de responsabilité donnée à la gymnastique, avec

la réduction de 5 à 3 ans du service militaire, la gymnastique a alors un rôle primordial dans la formation du citoyen-soldat.

A l’aube de la première guerre mondiale, on dénombre 500 000 gymnastes dans plus de 2400 sociétés. Contrairement au sport, la gymnastique est présente de manière assez importante sur l’ensemble du territoire qu’il soit rural ou urbain.

Fonctionnement et sociabilité

Les sociétés de gymnastiques bénéficient de l’appui des autorités militaires et civiles grâce à leur allégeance et leur proximité à la république. Les sociétés participent à la diffusion de certaines valeurs : la morale, le respect de la hiérarchie et du règlement, le culte de l’effort et la solidarité. La gymnastique est en lien intime avec l’armée au travers des grades militaires, des chants, des saluts, des drapeaux et hymnes. Le but est de créer des soldats citoyens. On retrouve également des références à la guerre et à la patrie dans le nom des sociétés : « la jeunesse patriotique » ou « la revanche » mais également dans leurs devises « tout pour la patrie ».

Les sociétés sont des réels lieux de socialisation. Le fonctionnement de la vie interne du groupe révèle l’importance accordée à la hiérarchie et à la stricte rigueur des règlements internes. Des sanctions symboliques ou financières sont prévues en cas de désobéissance au chef, de retard, d’absence ou encore de comportements inadéquats. Dans ces sociétés au recrutement majoritairement populaire, l’exercice gymnique est d’abord une motricité de groupe. Les sociétés sont majoritairement masculines pour répondre au complexe de Sedan et à la défaite de 1870 qui a marqué les esprits français avec la perte de l’Alsace Moselle. Cependant, en 1911 on dénombre près de 100 sociétés exclusivement féminines d’après le journal Le Gymnaste. En 1912, Podesta crée l’Union Française de Gymnastique Féminine (UFGF), reconnue très rapidement par l’USGF.

La gymnastique aurait pu être un tremplin pour le développement du sport en France, malheureusement ce fut tout le contraire. Il y a déjà une grande différence entre les pratiquants avec le milieu populaire qui est majoritaire dans la gymnastique et le milieu de la bourgeoisie dans le sport. Cela crée un premier frein. Le second est que la gymnastique est très proche de la République et de l’Armée, ce qui facilite grandement son développement contrairement au sport qui provient de l’Angleterre, ce qui n’est pas forcément bien perçu en France. On peut le constater par le fait que la Gymnastique va devenir officiellement un sport en devenant une fédération sportive seulement un demi-siècle plus tard que la création de l’USGF (Terret, 2010).

Implantation et institutionnalisation du sport en France

Le sport a commencé assez tôt en France. Les aristocrates et la haute bourgeoisie expérimentent à l’abri des regards dans des cercles très restreints. Ils s’essayent à l’escrime, l’équitation, le cyclisme ou encore à l’aviron. Le premier club de sport est créé dès 1833 : Le Jockey Club. Il y a également les sports de montagne qui se développent rapidement avec l’alpinisme en tête de file. Ces sports sont développés dès 1874 par le Club Alpin Français.

L’implantation du sport anglais

Le sport arrive en France par les Anglais venus sur le sol français pour affaire ou études. Ils pratiquent l’aviron, la course à pied, le tennis, le golf, le tir au pigeon, l’hippisme et le skating. Le football-rugby met plus de temps à se développer car il a besoin d’une plus grande communauté

pour s’opérer. Les clubs commencent à se créer comme au Havre en 1872 (Havre Athletic Club), à Paris en 1877 (English Taylors) ou encore à Bordeaux en 1879 (Bordeaux Athletic Club). On peut constater au nom des clubs l’influence des Anglais dans leur création.

Le phénomène sportif va prendre la même tournure qu’en Angleterre car ce sont les lycéens qui développent le sport. En tête de file le lycée parisien Condorcet qui met en place des courses à pied dans le Bois de Boulogne mais surtout qui crée le Racing Club de France en 1882. Ils seront imités un an plus tard par le lycée Saint Louis qui crée lui le Stade Français. Ce phénomène se développe dans l’ensemble des villes universitaires françaises : Bordeaux, Grenoble, Dijon, Lyon et Toulouse. Comme dit précédemment le sport ne va pas se développer aussi facilement et rapidement qu’escompté à cause dune réticence assez importante des pouvoirs militaires et républicains qui préfèrent la gymnastique plus patriotique. Cependant les années 1880 signent un tournant pour le développement du sport en France. La réussite politique et économique de l’Angleterre la montre comme un exemple à suivre. Un courant réformateur se développe dans le pays pour vanter les mérites du système éducatif anglais. On voit pour la première fois Pierre de Coubertin qui dans son ouvrage l’Education en Angleterre en 1888 se positionne comme un fervent défenseur du sport. Il met en place la même année avec le sénateur Jules Simon un comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation. D’autres français s’essaient à développer le sport à travers la création de ligue comme Paschal Grousset (Ligue nationale d’éducation physique) et Philippe Tissié (Ligue girondine d’éducation physique) (Terret, 2010).

A cette même époque, le regard de la science et de la médecine française évolue également. En 1881, on assiste à la création de la Station Physiologique au Parc des Princes. En 1887, un rapport de l’Académie de médecine préconise d’ouvrir le système éducatif aux grands jeux. Enfin en 1888 Fernand Lagrange sort son ouvrage Physiologie des exercices du corps qui va être couronné de succès et ainsi déclencher un changement de la mentalité française envers le sport. Les écoles commencent à intégrer le sport au sein de leur système éducatif mais encore une fois ce sont les clubs qui vont faire bouger les choses. En 1887, le Racing Club de France et le Stade français fondent l’Union des Sociétés Françaises de Course à Pied qui organise le premier championnat de France un an plus tard. En 1889, l’Union est rejointe par plusieurs autres clubs avec des activités diverses, ce qui entraîne une modification du nom en Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques (USFSA). L’USFSA s’occupe d’administrer, de développer les règles et les championnats de la course à pied, du football, du tennis, du cyclisme, de l’aviron, de la natation et des sports d’hivers. Elle a également le rôle de diffuser la Revue Athlétique et les Sports Athlétiques. L’USFSA est la principale fédération sportive française. Néanmoins certains sports veulent garder leur indépendance comme les fédérations plus anciennes (Club Français Alpin), ou les fédérations qui veulent garder une distance aristocratique (le golf) et enfin les fédérations qui sont plus populaires (la boxe) (Terret, 2010).

Les fédérations internationales vont être créées au début du XXème siècle pour la plupart par des Français comme la Fédération Internationale de Football Association en 1904 par Robert Guérin.

Pratiques et sociabilités

Les clubs représentent le cœur même du sport français. Ils mettent en avant les relations entre les membres, le développement des forces physiques, l’organisation des rencontres, des fêtes et le développement du sport. L’importance patriotique bien moins importante que dans les sociétés gymniques prend une place de plus en plus grande à l’approche de la Première Guerre mondiale. Les clubs jouent également un rôle social important avec des systèmes de sanctions, d’amendes et de récompenses également présentes dans les sociétés gymniques.

A partir de 1890, on assiste à une démocratisation du sport du côté des pratiquants mais toujours pas du côté des dirigeants ce qui renforce les divisions sociales déjà très présentes (Arnaud, 1986). Chaque sport a une identité sociale particulière avec des sports très élitistes (golf et tennis), plutôt élitiste (l’aviron) ou alors plus populaire (football-rugby).

Le sport reste encore à cette époque un milieu réservé exclusivement aux hommes malgré la pratique de quelques femmes aristocrates (Vaux, 1885). Les femmes ne sont même pas tolérées en temps que spectateur. Les voir pratiquer un sport provoquent le scandale et la colère de la société. Même le corps médical les « interdit » de pratiquer en prétextant des risques sanitaires pour elles.

Avant la guerre, les pratiquants ne sont pas encore spécialisés, ils pratiquent souvent un sport en hiver et un autre en été. Ils n’existent encore que très peu d’infrastructures sportives, les activités se pratiquent dans la nature sur des terrains vagues et des lacs (Terret, 2010). Seules certaines initiatives privées voient le jour dans les années 1890 en construisant des terrains de tennis ou encore des piscines. Le sport reste également avant tout un loisir et non un lieu de compétition.

La diffusion du modèle sportif

La loi du 1er juillet 1901 sur la liberté d’Association entraîne un changement dans le rapport de force entre les clubs civils et scolaires. L’USFSA qui comptait 13 sociétés et 2000 licenciés en 1890 passe à 1700 sociétés et 300 000 licenciés avant la guerre. Cependant la répartition des licenciés sur le territoire est très peu homogène. Le sport n’est présent que dans les milieux urbains et en grande majorité dans la capitale. Le sport a du mal à se développer car dans l’esprit des plus vieilles générations ce n’est qu’une perte d’énergie inutile. On voit donc beaucoup de pères de famille proscrire le sport à leurs enfants. La différence sociale entre les dirigeants des clubs (élite) et les pratiquants n’aide pas le sport à se démocratiser car ce n’est pas la volonté des dirigeants. Cependant on voit l’arrivée de la création des premiers clubs d’entreprise, surtout dans les grands magasins parisiens : le Bon Marché en 1897 et la Samaritaine en 1899 (Terret, 2010). Ces initiatives ont un franc succès car elles répondent directement aux attentes des employés.

C’est également le moment où la presse va jouer un rôle majeur dans la diffusion et la démocratisation du sport. La presse commence à parler de sports dès 1850. Quinze ans plus tard, 5% de l’information générale concerne l’actualité sportive. Dès 1863, on voit la création de la presse spécialisée tout d’abord dans l’hippisme avec le journal Le Jockey. Le boum de la presse sportive intervient à partir de 1880 avec la création de 21 revues pendant la décennie puis 90 de plus dans la décennie suivante. Deux sports accaparent les unes : le football et le cyclisme (Wahl, 1989). La presse va jouer un rôle supplémentaire, elle ninforme pas seulement sur le sport mais elle va se mettre à créer des compétitions. L’exemple le plus connu reste celui du Tour de France, tour inventé par le journal l’Auto (ancêtre de l’équipe) en 1903. En quelques éditions, le tour s’impose comme un évènement sportif majeur. A cette époque les Jeux Olympiques sont encore loin de posséder un tel statut.

Pierre de Coubertin et les Jeux Olympiques modernes

Pierre Fredy, baron de Coubertin est un représentant de l’aristocratie républicaine formé chez les jésuites et à l’Ecole supérieure des sciences politiques. Il a été très influencé par le modèle éducatif britannique des publics schools. Coubertin souhaite faire du sport un levier de rénovation du système scolaire pour les élites mais ni son initiative d’un comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation ni son action en tant que secrétaire générale de l’USFSA ne sont couronnées de succès.

En 1892, il lance son plus gros projet avec l’idée de la rénovation des Jeux Olympiques, ce projet est un échec dû à une absence totale de réaction. Il réitère en 1894 lors d’un congrès international de l’USFSA dans le plus grand amphithéâtre de la Sorbonne. Cette fois ci la rénovation est votée et mise en place. Les 1er JO ont donc lieu à Athènes en Grèce en 1896 en hommage à l’histoire. Le comité international olympique est créé et présidé par un représentant du pays qui organise les jeux. Malheureusement cette première édition est loin d’être un franc succès. Il y a eu tout d’abord une grosse difficulté à organiser les jeux à cause de la crise économique grecque mais également des difficultés sur la participation et le résultat des ces jeux. Seulement 320 athlètes dont 75% grecques, ce qui ne montrent pas une implication et une réussite mondiale. Cependant les premiers fondements des JO sont posés : cérémonie, amateurisme, performance... En 1900, les jeux ont lieu en France à Paris et c’est donc Pierre de Coubertin qui prend la tête du CIO. Ce n’est encore pas une franche réussite car les JO passent en second plan derrière l’exposition universelle qui a lieu en même temps. Les Jeux Olympiques vont progresser doucement sur l’organisation et la popularité jusqu’à la première guerre mondiale. Mais cette guerre entraîne le premier gros coup d’arrêt pour les jeux car l’édition de 1916 à Berlin est annulée. Les jeux devaient être un levier de paix mais ils nauront aucun poids et aucun impact sur le conflit mondial ; On retrouvera exactement le même phénomène au moment de la seconde guerre mondiale (Terret, 2010). Cependant à la suite du premier conflit mondial, les JO se développent énormément avec une popularité grandissante, des athlètes et des épreuves de plus en plus nombreux. On assistera même plus tard à l’entrée des femmes dans cette compétition.

De plus juste avant la Grande Guerre, au début du XXème siècle, les JO sont concurrencés par la création des Fédérations Internationales de chaque sport (FIFA, FIA...) souvent orchestrée par des Français en conflit avec Pierre de Coubertin. Ces fédérations créent alors leurs propres compétitions (le plus souvent des coupes du monde).

CONCLUSION

Comme on a pu le constater la création du sport est très controversée entre deux courants de pensées chez les historiens (phénomène universel ou alors création britannique). La réponse n’est toujours pas évidente à lheure actuelle. En Grande-Bretagne, le sport s’est imposé assez aisément malgré des convictions différentes entre deux sociétés (professionnel vs amateur). Il s’est rapidement développé au sein des communautés britanniques. Cette terre a été le berceau de la plupart des sports modernes en les réglementant, en les développant puis en les exportant dans le monde entier. Avant que le sport s’implante en France, c’est la gymnastique qui contrôle l’activité physique dans notre pays. Cette activité jugée patriotique par les pouvoirs en place s’est développée rapidement sur l’ensemble du territoire dans le but de former des citoyens-soldat pour la revanche contre la Prusse. La gymnastique a fait de l’ombre pendant une longue période au sport mais le phénomène britannique a pris sa place petit à petit jusqu’à s’imposer clairement. Au départ réservé à une certaine élite, le sport s’est développé mais

surtout structuré dans la fin du 19ème siècle. Les Français créent leurs propres fédérations nationales puis ont la même idée à léchelle internationale. Pour finir, Pierre de Coubertin a marqué de son empreinte la France et le sport en général avec la création des Jeux Olympiques modernes qui après un départ timide, ces derniers se sont imposés comme le principal évènement sportif mondial.

Bibliographie :

Arnaud, P. (1986). Le sportsman, l’Ecolier et Le Gymnaste, Université Lyon II.

Bourdieu, P., & Chartier, R. (2010). Le sociologue et l’historien, Agone.

Decker, W., & Thuillier J. P. (2004). Le sport dans l’Antiquité – Egypte, Grèce et Rome, Richard Leroux.

Elias, N., & Dunning E. (1994). Sport et Civilisation, Fayard.
Guttmann, A. (1994).
Games and Empire: modern sports and cultural imperialism, Columbia

University Press.

Haskins, C. H. (1927). The Latin Litterature of Sport, The University of Chicago Press.

Holt, R. (1989). Sport and The British, Clarendon Press.

Hubscher, R. (1992). L’histoire en mouvements : le sport dans la société française, XIXe-XXe siècle. Armand Collin.

Le baron de Vaux. (1885). Les Femmes du sport.
Liponski, W. (2005). Lencyclopédie des sports, Gründ.McIntosh, P. (1968). Physical Education in England since 1800, Bell et Hyman.
Nadot, S. (2010).
Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, Autrement.

Queval, I. (2004). S’accomplir ou se dépasser : Essai sur le sport contemporain, Gallimard.

Simonet, P. (1998). L’INSEP. De la gymnastique joinvillaise aux sports contemporains, G. Klopp. Terret, T. (1994). Naissance et diffusion de la natation sportive, l’Harmattan.
Terret, T. (2010).
L’histoire du sport, l’Harmattan.
Vigarello, G. (1978).
Le corps redressé, J.-P Delarge.