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Cycle menstruel et performance

Primo rédacteur : Tifenn Chiquet (2023)

Cycle menstruel et performance

Introduction : un paramètre essentiel dans un champ de recherche émergent

Bien que les premiers Jeux Olympiques féminins aient eu lieu en 1922 sous l’impulsion d’Alice Millat, les travaux de recherche sur la performance au cours du 20ème siècle et au début du 21ème siècle ont souvent omis de considérer les spécificités physiologiques et hormonales féminines. Cet écart de données entre les hommes et les femmes dans le domaine des sciences du sport a été clairement mis en lumière par une étude d’envergure menée par Cowley at al.1. Cependant, ces dernières années ont été le théâtre d’une accélération significative de la recherche sur l’impact du statut hormonal chez les sportives sur leurs niveaux de performance,  avec des revues majeures publiées en 2021 par des équipes de recherche françaises2,3. Une avancée importante pour les sportives, après la multiplication des travaux sur cette thématique à partir des années 2000 chez la population générale. Cette thématique revêt une importance cruciale dans l’optimisation de la performance, car la variation hormonale au cours du cycle menstruel exerce un impact significatif sur les performances des athlètes féminines. De plus, elle est également associée à des pathologies, la pratique sportive pouvant également provoquer des troubles du cycle4.

Définition

Le cycle menstruel se divise en différentes phases, caractérisées des variations hormonales. Un cycle dit normal, aussi appelé cycle euménorrhéique, dure en moyenne 28 jours, bien que cette durée peut varier entre 22 et 32 jours2 voire 20 et 45 jours5. Ainsi, nous retrouvons deux grandes phases principales :

1)      La phase folliculaire, s’étendant des menstruations à l’ovulation

2)      La phase lutéale, débutant après l’ovulation et se prolongeant jusqu’au début des menstruations

L’ovulation apparaît généralement au 14e jour pour un cycle de 28 jours. Quant aux menstruations, elles résultent de la désagrégation de l’endomètre, provoquant des saignements, puis celui-ci devient de plus en plus épais au cours du cycle.

Cycle menstruel.png

Figure 1. Phases d'un cycle menstruel de 28 jours et ses variations hormonales. Reproduit depuis "Règles et cycle : quelle est la différence" 6 . Clue. https://helloclue.com/fr/articles/cycle-menstrual/regles-et-cycle-quelle-est-la-difference

Concernant la variation hormonale associée à ces phases (voir Figure 1), le corps féminin produit deux hormones stéroïdes principales, les oestrogènes et la progestérone, cela d’une façon cyclique de la puberté jusqu’à la ménopause. L’oestradiol E2 (E2) est l’oestrogène principale, tandis que la progrestérone est principalement connue pour son rôle dans la grossesse et la reproduction, aussi appelée « hormone de fertilité ». A mesure que l’ovulation approche, les niveaux d’œstrogènes augmentent, principalement en raison de la sécrétion de l’hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (GnRH) dans l’hypothalamus. De plus, l’élévation des niveaux d’oestrogènes est également dûe à un mécanisme de rétroaction positive de l’E2 par rapport à ses propres niveaux.

Ensuite, durant la phase lutéale, les deux hormones présentent des niveaux de concentration élevés, bien que la progestérone domine, sécrétée par le corps jaune sous contrôle de l’hormone lutéinisante (LH), elle-même liée à la GnRH7. C’est d’ailleurs la LH qui déclenche l’ovulation. Ce corps jaune, formé au corps de la phase lutéale, se désagrège en l’absence de fertilisation, causant une baisse soudaine de la concentration de progestérone. C’est à ce moment que les menstruations arrivent.

Les sportives et les perturbations du cycle

Concernant les sportives, elles sont particulièrement sujettes à des perturbations de ce cycle. Par exemple, une étude au Danemark a montré que seulement 49% des sportives de haut niveau avaient un cycle normal8. Des chiffres similaires ont été trouvé aux Etats-Unis, avec 47% des athlètes féminines universitaires souffrant d’irrégularités du cycle, bien que l’utilisation de la pilule contraceptive réduirait cette prévalence9. Ainsi, dans l’ordre de sévérité, ces irrégularités peuvent se traduire par10,11 :

·       une perturbation de la phase lutéale : des niveaux plus faibles d’E2, de LH et de progestérone

·       une anovulation : une absence d’ovulation

·       une oligomenorrhée : une durée de cycle supérieure à 35 jours

·       aménorrhée : une absence totale de menstruations 

    D’ailleurs, chez les athlètes féminines, ces irrégularités menstruelles ont été reliées à la déficience énergétique ainsi qu’à l’ostéoporose, sous le terme de « Triade de l’Athlète Féminine »12, traduisant un dysfonctionnement de l’axe gonadotrope. En effet, le taux d’oestrogènes étant reliée à la masse grasse, la pratique du sport de haut-niveau peut induire une baisse de celle-ci, et donc un niveau d’oestrogènes insuffisant, notamment dans les sports où l’image du corps est particulièrement importante, comme en Gymnastique Rythmique. Ce taux d’oestrogènes est également impliqué dans le maintien de la masse osseuse13. Cela dit, aujourd’hui, pour des raisons d’inclusion, car ces problématiques peuvent aussi toucher les hommes, le Comité International Olympique a introduit le terme de « Déficit en Energie dans le Sport »14.

Synthèse : le statut hormonal, facteur de régulation de la performance sportive, mais aussi source de pathologies

Ainsi, le statut hormonal régule les niveaux de performance sportive chez les athlètes féminines. En effet, des travaux récents ont montré une évolution des niveaux de performance en fonction des phases du cycle et des niveaux de concentration hormonale associés, avec de moins bons niveaux de performance physique lors des menstruations et lors de la fin de la phase lutéale15,16. Concernant, les performances cognitives, peu d’études ont été réalisées à ce jour sur les sportives, une étude a cependant montré que le temps de réaction était réduit sur ces mêmes périodes17. Cela dit, le nombre de travaux concernant les relations entre cycle menstruel et performance sportive est encore très faible, la plupart des études se concentrant sur les aspects psychologiques des variations hormonales.

Au-delà de son impact sur la performance, la statut hormonal des athlètes féminines de haut-niveau est associé à des pathologies, comme l’a montré Carole Maître dans ses différents travaux menés à l’INSEP18,4. Ainsi, au-delà des pathologies susmentionnées, les sportives de haut-niveau semblent être particulièrement touchées par le syndrome prémenstruel19, associée à différents symptômes, tels que des douleurs, une sensation des jambes lourdes, etc. Cela étant en accord avec la baisse de niveau de performance chez les sportives de haut niveau les jours précédents les menstruations.

Domaines d'application

Connaître son cycle menstruel

Ainsi, il pourrait être pertinent de recommander un suivi du cycle menstruel des athlètes féminines, des applications sur téléphone existent. Il serait cependant intéressant de créer un outil spécifique aux sportives de haut niveau, ou d’intégrer cette métrique aux outils existants (ex : Athlète 360). 

Sensibiliser les athlètes

Des sessions de sensibilisation auprès des athlètes pourraient également être mises en place, à visée éducative et préventive.

Adaptation de la planification et de la programmation

Chez les athlètes volontaires à partager cette information auprès du staff technique, il pourrait être pertinent d’adapter les séances d’entraînement à la phase du cycle en cours. Par exemple, en proposant une charge d’entraînement moins intense lors des cas de syndromes prémenstruel, ou durant les menstruations. Cela irait dans la continuité du projet Empow’her mené par le laboratoire IRMES à l’INSEP, mettant exergue l’importance du cycle menstruel dans les paramètres d’individualisation de l’entraînement3.

Faire du sport pendant les règles est-il dangereux ?

Non, cela est en effet associé à une baisse d'énergie et de performance, mais ce n'est pas dangereux.

Evolutions possibles

Au-delà de ces applications pratiques, il pourra être intéressant de continuer à diffuser ces connaissances dans le milieu fédéral sous formes de communications écrites, de séminaires, de modules au sein des formations des cadres, etc.

Aussi, comme nous l’avons vu, ce champ de recherche est encore limité, il faudra donc continuer à reproduire aux travaux existants, voire créer de nouveaux protocoles, car pour le moment il y a peu de données pour produire des méta-analyses fiables. 

Conclusion

Pour conclure, cycle menstruel et performance sportive de haut niveau partagent de véritables interactions, et est une thématique clé de l’optimisation de la performance et de l’entraînement, bien que les travaux de recherche à ce sujet sont encore trop peu nombreux. 

Bibliographie

1.           Cowley ES, Olenick AA, McNulty KL, Ross EZ. “Invisible Sportswomen”: The Sex Data Gap in Sport and Exercise Science Research. Women Sport Phys Act J. 2021;29(2):146-151. doi:10.1123/wspaj.2021-0028

2.           Castanier C, Bougault V, Teulier C, et al. The Specificities of Elite Female Athletes: A Multidisciplinary Approach. Life. 2021;11(7):622. doi:10.3390/life11070622

3.           Meignié A, Duclos M, Carling C, et al. The Effects of Menstrual Cycle Phase on Elite Athlete Performance: A Critical and Systematic Review. Front Physiol. 2021;12. Accessed November 28, 2023. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fphys.2021.654585

4.           Maître C. Les troubles du cycle de la sportive. Diagnostic et prise en charge. Sci Sports. 2013;28(2):97-102. doi:10.1016/j.scispo.2013.01.005

5.           Frankovich RJ, Lebrun CM. Menstrual cycle, contraception, and performance. Clin Sports Med. 2000;19(2):251-271. doi:10.1016/s0278-5919(05)70202-7

6.           Règles et cycle : quelle est la différence ? Published 2021. Accessed May 5, 2022. https://helloclue.com/fr/articles/cycle-menstrual/regles-et-cycle-quelle-est-la-difference

7.           Herbison AE. Multimodal Influence of Estrogen upon Gonadotropin-Releasing Hormone Neurons. Endocr Rev. 1998;19(3):302-330. doi:10.1210/edrv.19.3.0332

8.           Oxfeldt M, Dalgaard LB, Jørgensen AA, Hansen M. Hormonal Contraceptive Use, Menstrual Dysfunctions, and Self-Reported Side Effects in Elite Athletes in Denmark. Int J Sports Physiol Perform. 2020;15(10):1377-1384. doi:10.1123/ijspp.2019-0636

9.           Cheng J, Santiago KA, Abutalib Z, et al. Menstrual Irregularity, Hormonal Contraceptive Use, and Bone Stress Injuries in Collegiate Female Athletes in the United States. PM R. 2021;13(11):1207-1215. doi:10.1002/pmrj.12539

10.         Loucks AB. Effects of exercise training on the menstrual cycle: existence and mechanisms. Med Sci Sports Exerc. 1990;22(3):275-280.

11.         Fischetto G, Sax A. The Menstrual Cycle and Performance. New Stud Athl. 2013;28(3/4).

12.         Nattiv A, Loucks AB, Manore MM, et al. American College of Sports Medicine position stand. The female athlete triad. Med Sci Sports Exerc. 2007;39(10):1867-1882. doi:10.1249/mss.0b013e318149f111

13.         Martin C, Vallet B, Riou B. Physiologie humaine appliquée (2e édition). Arnette - John Libbey Eurotext; 2017.

14.         Mountjoy M, Sundgot-Borgen J, Burke L, et al. The IOC consensus statement: beyond the Female Athlete Triad--Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S). Br J Sports Med. 2014;48(7):491-497. doi:10.1136/bjsports-2014-093502

15.         de Jonge XAKJ. Effects of the Menstrual Cycle on Exercise Performance. Sports Med. 2003;33(11):833-851. doi:10.2165/00007256-200333110-00004

16.         Carmichael MA, Thomson RL, Moran LJ, Wycherley TP. The Impact of Menstrual Cycle Phase on Athletes’ Performance: A Narrative Review. Int J Environ Res Public Health. 2021;18(4):1667. doi:10.3390/ijerph18041667

17.         Pitchers G, Elliott-Sale K. Considerations for coaches training female athletes. Published online December 23, 2019.

18.         Maître C, Harvey T. L’aménorrhée de la sportive. Lett Gynécologue. 2011;(358-359):18.

19.         Czajkowska M, Drosdzol-Cop A, Naworska B, et al. The impact of competitive sports on menstrual cycle and menstrual disorders, including premenstrual syndrome, premenstrual dysphoric disorder and hormonal imbalances. Ginekol Pol. 2020;91(9):503-512. doi:10.5603/GP.2020.0097