Le countermovement jump pour suivre la fatigue : une approche limitée
I - La fatigue neuro-musculaire : pourquoi la monitorer ?
La fatigue neuro-musculaire (FNM) se caractérise par une baisse de la capacité d'un athlète à produire de la force musculaire, induite par l'exercice (Gandevia, 2001). L'accumulation de FNM amène une dégradation de la capacité à produire de la force (Kreher & Schartz, 2012) et baisse la qualité de la commande motrice (Filho & Musialowski, 2019) pouvant induire une augmentation du risque de blessure. Pour que l'entrainement permette une amélioration des performances durables, il est nécessaire d'imposer, il est nécessaire d'imposer au corps un stress qui se traduit par un niveau de fatigue plus ou moins élevé (Borresen & Lambert, 2009), suivi d'une période de récupération adéquate (Kellmann et al., 2018). Il est alors primordial de pouvoir contrôler le niveau de fatigue de l'athlète pour assurer une permanente adaptation de l'entrainement et respecter la balance stress/adaptations. Afin de pouvoir mesurer objectivement le niveau de fatigue d'un athlète, plusieurs tests ont été proposés dans la littérature, dont le countermovement jump (CMJ).
II - Le countermovement jump
Le countermovement jump est un saut souvent décomposé en 5 phases : relâchement, freinage, propulsion, vol et réception (Anicic et al., 2023). Il s'effectue à deux pieds. L'athlète peut être amené à garder les mains sur les hanches ou autorisé à balancer ses bras. Ce test est un des plus utilisés par les staffs pour mesurer la FMN (Claudino et al., 2017), et est plutôt bien reçu par les joueurs (Alba-Jiménez et al., 2022). Ce mouvement nécessite la production de hauts niveaux de force et de coordination neuromusculaire en un temps réduit (environ 300 ms) (Gathercole et al., 2015b) et une utilisation optimale des structures élastiques (cycle étirement-raccourcissement) (Bridgeman et al., 2018). Une baisse de performance au CMJ révèlerait alors un certain niveau de FNM chez l'athlète. L'indicateur le plus fréquemment utilisé pour mesurer la performance au CMJ est la hauteur du saut (Pérez-Castilla et al., 2022). De nombreux autres indicateurs de performances peuvent être obtenus à partir d'un CMJ comme la puissance maximale et moyenne, le temps avant envol, ou même le taux de montée en force (Claudino et al., 2017 ; Gathercole et al., 2015a,b ; James et al., 2021). Ainsi, les staffs ont le choix parmi un grand nombre d'indicateurs pour tenter d'objectiver une baisse de performance liée à la présence de FNM (à retrouver dans la table 1).
III - Les limites du CMJ : sensibilité, fiabilité et interprétation