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Adresse

 

Primo rédacteur Jean-Marc TOUZE 

Selon le Petit Robertii illustré (2022), l'Adresse est « la qualité physique d’une personne qui fait les mouvements les mieux adaptés, les plus efficaces, dextérité, habileté ». Michel PRADET1 appréhende l’adresse à partir de la formule : Adresse = Coordination + Habileté et propose la définition suivante : « faculté d’exécuter, avec la plus grande efficacité possible, un mouvement intentionnel pour résoudre une tâche concrète. L’adresse implique donc l’économie, la précision, l’efficacité, autant d’aspects qu’il faudra respecter pour concevoir un processus de développement ». 

La formule de Michel PRADET conduit à s’interroger sur la relation entre adresse et coordination, les 2 étant souvent confondues voire interchangeables. On peut définir la coordination motrice comme la faculté « d’exécuter avec vitesse et efficacité un mouvement intentionnel pour résoudre une tâche concrète »iii . Jurgen WEINECK précise également que « l’économie réalisée par la coordination motrice est inhérente à la grande précision du contrôle moteur et se traduit par la possibilité de répéter des mouvements identiques avec une moindre dépense de force et d’énergie »iv 

La coordination motrice serait une aptitude psychomotrice (FLEISHMAN), donc stable, génétiquement déterminée, sur laquelle l'adresse (qualité ou capacité physique) va s'appuyer pour se développer au travers des expériences motrices (vie quotidienne, enseignement, entraînement... Etc). L’adresse agit comme un pilote des différentes qualités physiques (adresse, endurance, puissance, souplesse) lors de l’exécution de différentes catégories d’habileté comme la locomotion, la manipulation et la posture, qu’elles soient générales ou spécifiques. 

Aspect neuromoteur 

Pour agir dans un environnement plus ou moins stable et chargé d’incertitude, le cerveau s’appuie sur la gestion de différents types d’information. Celles issues du monde extérieur, perceptions, sont complétées par des informations issues du corps, sensations (proprioceptives, kinesthésiques, intéroceptives). Le système nerveux est donc organisé et structuré pour contrôler, adapter ou modifier le mouvement en permanence au cours de l’exécution (nerfs moteurs) grâce aux informations transmises par les nerfs sensitifs. L’adresse va s’exprimer au cours de l’étape motrice du processus (elle est néanmoins dépendante de celle qui gère les informations, commande motrice et traitement de l’information s’effectuant en parallèle mais dans des zones différentes du cerveau). Plus l’individu est adroit, plus le contrôle et les régulations qu’il opère seront précises et efficaces. Ces dimensions sont renforcées si les expériences motrices sont riches, variées et répétées. 

Période favorable de développement 

Une majorité d’auteurs s’accorde à faire de l’adresse une priorité dans l’acquisition des qualités physiques, en commençant son développement le plus tôt possible et en le prolongeant tout au long de la formation de l’enfant. La maturation du système nerveux permet et requiert une diversification ainsi qu'un enrichissement des expériences motrices. En effet, à 6 ans le cerveau a pratiquement atteint 90 à 95% de son poids à l'âge adulte et la myélinisation4 des fibres nerveuses est complète. Cette myélinisation accroît grandement la capacité de prise et de traitement de l'information, tout en déterminant l'amélioration du contrôle et de la précision du mouvement. Lors de la puberté, les caractéristiques morphologiques de l’individu sont bouleversées (augmentation de la taille et du poids, disparité entre les différentes parties anatomiques), la coordination s’adapte difficilement à ses modifications brutales ce qui entraîne une chute de l’adresse. Des exercices et situations sollicitant à nouveau cette qualité, permettraient le maintien d’un bon niveau de contrôle malgré une croissance accélérée. 

Facteurs influant sur le niveau d’adresse 

La vitesse d’exécution 

Elle a un impact direct sur l'adresse. Si elle augmente, il est plus difficile de maintenir un bon niveau de contrôle et l'adresse faiblit, inversement si la vitesse diminue le niveau de contrôle remonte et l'adresse augmente.  

L’amplitude 

L’amplitude des réalisations influe sur l'adresse de manière diversifiée selon les tâches à effectuer. Certains mouvements vont exiger de plus en plus d'adresse plus on s'éloigne de l'axe du corps, alors que d'autres seront optimum à une distance moyenne et pourront requérir de plus en plus d'adresse que l'on se rapproche ou que l'on s’éloigne de l'axe du corps (Proximal ou Distal). Enfin, en grande majorité, la difficulté va croître selon que l'on exécute un geste devant soi, sur le côté et derrière soi. 

La souplesse 

En relation avec l’amplitude, la souplesse entretient un lien intime avec l’adresse. A compléter e s’appuyant sur l’article de Bernard GROSGEORGES sur la Préparation physique orientée.  

La latéralisation 

Chaque individu à une prédisposition (préférence) pour un côté par rapport à l'autre, le niveau d'adresse est donc fortement affecté par cette prédisposition. Dans la pratique il est nécessaire de ne pas négliger cette dimension en sollicitant le côté « fort » (préféré) comme le côté « faible ». 

La fatigue 

Elle a pour effet d'altérer la coordination, ce qui fait baisser automatiquement le niveau d'adresse. Un entraînement spécifique en situation de fatigue pourra corriger ce phénomène.  

La concentration 

La Concentration agit sur le contrôle du mouvement dans la mesure où la fonction de régulation n'est pas correctement assurée. La qualité des prises d'informations ainsi que leur traitement baissent lorsque la concentration diminue, ce qui entraîne inévitablement une chute de l'adresse.  

L’équilibre 

L'adresse est fortement impliquée dans la gestion même de l'équilibre au travers des « coordinations posturales ». Les situations d'équilibre et déséquilibres influent sur le niveau d'adresse d'une habileté.  

Le temps de pratique 

Le temps de pratique dans l’habilité constitue un facteur de progrès, quelle que soit la qualité de cette pratique. La précision et l’efficacité dans les réalisations croissent avec le temps, alors que la proportion des gains est hétérogène.  

La complexité 

Les mouvements, les gestes, les techniques mobilisent différentes coordinations, par association ou dissociation segmentaires impliquant un nombre d’articulations, des angles et des vitesses plus ou moins importants. Plus ces dernières seront complexes plus le pilotage exercé par l’adresse sera difficile. 

Développement de l’adresse  

La prise en compte des facteurs présentés ci-dessus permet d’envisager différents moyens pour optimiser cette qualité. Comme pour tout processus d’apprentissage et de développement, il est indispensable de ne pas perdre de vue la dimension innée (voir définition en préambule) et donc que le niveau de coordination motrice limitera inévitablement le niveau d’adresse. Le deuxième paramètre de la formule de Michel PRADET est également à prendre en compte, le type d’habileté « stéréotypée » ou « fermée », « non stéréotypée » ou « ouverte » influencera les moyens à mettre en œuvre.   

La répétition 

Elle permet dans un premier temps d’augmenter le niveau d’adresse puis de le stabiliser. Selon Richard A. SCHMIDT5, lorsqu’on effectue une ou plusieurs séries identiques d’une même technique, les performances immédiates sont plus importantes : Effet à court terme et instabilité.  

La variabilité 

La Variabilité de la tâche permet l’enrichissement et la stabilisation du niveau de contrôle de l’adresse au cours de l’apprentissage. Toujours selon SCHMIDT, lorsqu’on effectue une ou plusieurs séries d’une même technique en faisant varier un paramètre (vitesse, hauteur, poids, distance, …) on renforce l’apprentissage = Effet à long terme et stabilité. Lorsqu’on mélange ou qu’on intercale différentes techniques dans une même série, c’est également l’apprentissage qui est renforcé. Si en complément on fait varier les paramètres, les gains sont encore supérieurs.  

La diversification de l’environnement 

La diversification de l’environnement d’expression de l’adresse concourt également à son développement comme à son enrichissement. Dans les situations présentées, le pratiquant agit par adaptation à des paramètres tels que le temps, l’espace, les caractéristiques du projectile, la topographie des lieux …  

Le Jeu 

Le jeu permet d’exploiter, d’exercer, de tester l’adresse dans des contextes de complexité et d’incertitude plus ou moins importants selon les règles, la présence ou non de partenaires et d’adversaires, mais également de valider et/ou vérifier les transformations du pratiquant.  

L’effet miroir 

L’effet miroir lors de la réalisation d’un geste sur le côté opposé aura pour effet de renforcer l’efficacité côté préférentiel. A compléter / Références  

La représentation mentale 

Elle constitue une piste intéressante, dans la mesure où la faculté de se représenter mentalement un geste effectué ou à effectuer présente un intérêt certain dans la qualité de réalisation de celui-ci. A compléter / Références  

NOTES ET REFERENCES  

Sources :  


  1. PRADET Michel, Energie et conduites motrices, INSEP (1989) / pages 107-108. 

  1. PRADET Michel, LEGROS Patrick, L’effort, Revue EPS 1, numéro 18, page 2, 1984. 

  1. WEINECK Jurgen, (1997) / Manuel d’entraînement, Vigot Paris – 1983 / page(s) ?  

  1. SCHMIDT Richard A. Apprentissage moteur et performance, Vigot 1993 /page(s) ?  


Références :  


  • La myélinisation est le processus qui assure le recouvrement des fibres nerveuses par une gaine de myéline. Cette substance, non seulement accélère la vitesse de circulation de l'influx nerveux, mais augmente également sa qualité, permettant ainsi la mise en fonction de territoire nerveux encore en sommeil et par voie de conséquence l'accélération des acquisitions. 

  • D’après Thierry BLANCON et Frédéric AUBERT, la disponibilité dans l’action est gage de maîtrise des temps forts et des temps faibles. Ce n’est pas sans incidence sur les qualités d’adresse dont peut disposer le sportif. Ces auteurs aiment rappeler la définition de l’élasticité qui dit que si un corps, après avoir été déformé, revient à sa position initiale, il est élastique. Cette définition dit aussi de manière indirecte que toute crispation, ou contraction musculaire parasite, est nuisible à l’adresse. Ainsi, il est judicieux de faire la différence entre tonicité et crispation ! 

  • Thierry BLANCON définit la fatigue comme une altération temporaire des capacités physiques et/ou psychologiques d'un individu. Dans quelle mesure, la fatigue a-t-elle une incidence sur l’adresse ? La question est posée. 

  • En 1984, Michel PRADET et Patrick LEGROS écrivent, dans le numéro 18 de la revue EPS 1, que l’adresse permet d’adapter son activité à des situations variées avec un maximum d’efficacité. Son domaine dépasse largement celui des seules connaissances physiologiques et nous ne pouvons expliciter ici cette notion. Cependant, il serait nécessaire d’en appréhender les différentes composantes afin d’illustrer des termes aussi imprécis “prise de conscience du corps”, “intelligence de mouvement”, “maîtrise et efficacité du geste”, qui lui sont liés et dont l’appréciation objective s’avère difficile. 

  • Kinesthésie : Perception consciente ou inconsciente renseignant, à tout instant, le sujet sur le positionnement de son corps dans l'espace. On parle parfois de perception du schéma corporel. Cette définition, souvent reprise par Thierry BLANCON et Frédéric AUBERT, est à mettre en relation avec la “prise de conscience du corps” évoquée par Michel PRADET et Patrick LEGROS. 


Bibliographie 


  • GROSGEORGES (Bernard), FARCY (Stevy). L’agilité dans les sports collectifs. Editions 4 Trainer, 2016. 


A voir : 

https://insep.canal-sport.fr/play?video=72027 

La place de la force dans les sports d’adresse. Question/réponse : Serge GUEMARD & Frédéric AUBERT.